"IRVIN" ? C'est un centre pour réapprendre la vraie vie en s’inspirant des méthodes de la Légion, l’association IRVIN sauve des jeunes en perdition rongés par le mal-être.
Retour à la nature, code d’honneur, travail manuel : une méthode certifiée pour récupérer les "décrocheurs".

L’histoire se passe à Brocéliande, mais ce n’est pas un conte de fées…
Lundi 25 septembre, gare de Rennes. L’un après l’autre, ils arrivent au rendez-vous.
Une dizaine de jeunes hommes et des jeunes filles, un peu paumés, un peu largués, à l’appréhension manifeste mais contrôlée. Ces représentants de la génération Y ou Z ne se connaissent pas et viennent d’horizons dissemblables, mais ils ont tous un dénominateur commun : un pedigree cabossé et/ou un mal de vivre dans le corps social. Des "décrocheurs" ou en passe de le devenir. Ils sont aussitôt pris en charge par deux garçons du même âge arborant un polo siglé "IRVIN" et un logo figurant une boussole. La troupe embarque dans une fourgonnette. Direction Coëtquidan, pour y suivre un stage d’immersion en pleine nature, baptisé ROC (Reconnexion, Orientation, Cohésion). Telle est la première étape du très original cursus de formation (et de sauvetage !) inventé par Patrice Valantin, ancien officier de Légion reconverti dans le génie écologique, discipline émergente qui consiste à préserver la biodiversité et à restaurer les écosystèmes. « IRVIN est un acronyme qui signifie « Inspirer la révolution de la vie par l’immersion en nature », explique-t-il.

 L’objectif de l’association est d’accompagner vers la vie active des jeunes en quête de sens. Ce n’est pas de l’insertion stricto sensu car les insérer dans une société malade comme la nôtre, minée par l’individualisme et le consumérisme, ce serait comme placer des naufragés sur un bateau qui coule. Le stage "ROC", c’est un peu l’électrochoc nécessaire, celui qui va les reconnecter à la nature et au concret, leur redonner confiance et fierté.

 

« Pour cela, je me suis inspiré de la Légion. On vient à "IRVIN" sur la base du volontariat et de l’anonymat. Je crois à l’oubli du passé, au salut par la rédemption. Ici, personne ne te posera de question : on efface tout et on recommence sur des bases saines. Autre caractéristique puisée dans mon expérience militaire et notamment lorsque le service national existait ».


l’époque de la conscription, les candidats viennent de tous les milieux : du SDF toxicomane à l’ingénieur centralien (on a même accueilli un polytechnicien), en passant par le zadiste repenti, le chef scout ou le délinquant endurci ! Pendant douze jours, ils vont vivre ensemble, avoir faim ou froid côte à côte, apprendre les valeurs essentielles que résume notre code d’honneur, lui aussi calqué sur celui du légionnaire. »


Le salut par la rédemption, pour l’heure, les impétrants (il faut avoir entre 18 et 30 ans), parmi lesquels quelques délinquants (deux condamnés pour trafic de stupéfiants, un autre – mineur à l’époque des faits – coupable d’avoir poignardé un congénère pour une histoire de dette), découvrent leur camp de base : un bâtiment qui appartenait autrefois à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr Coëtquidan. Ils viennent de recevoir leur paquetage et c’est le dénommé Renato qui leur en détaille le contenu : tapis de sol, sac à viande, duvet étanche, cordages, etc.
Cet ex-légionnaire brésilien est un expert de la survie en milieu hostile : c’est lui qui chapeautait le pôle des instructeurs commandos du "CEFE" (Centre d’entraînement à la forêt équatoriale) ! De quoi imposer le respect aux plus turbulents ou aux plus insolents.

Même CV dissuasif pour son adjointe Morgane, championne du monde de judo en 2009 et spécia-
liste du MMA (Mixed Martial Art).

Extrait du texte de Jean-Louis Tremblais et photos de Lorraine Turci pour le figaro-magazine.

capitaine (er) Patrice Valantin.