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Fiche 19. La Légion au Maroc.  15 mai 1911 : la bataille d’El-Alouana.

A 5 ½ du matin, la 22e compagnie du 6e Bataillon du 1er Etranger, commandée par le capitaine Labordette, avec 80 hommes, quitte le camp de la colonne du général Girardot, pour une reconnaissance sur la piste de Debdou. Par suite du brouillard intense, elle dépasse le but qu’elle doit atteindre.

A 9 heures, apprenant que de nombreux Marocains occupent le ksar d’El-Alouana, le capitaine veut vérifier ce renseignement et s’assurer des dispositions d’un village jusque-là inconnu, et marche sur le ksar, laissant en réserve le lieutenant Frachet avec 40 hommes.

A 9 ½ heures, le brouillard disparaît ; arrivé à 600 mètres du ksar, le capitaine prend position : il envoie un guide en pourparlers mais un premier coup de feu éclate. Puis un vacarme assourdissant, clameurs de mort et de haine, le crépitement d’une fusillade, les balles qui ricochent. Les légionnaires tombent dans un traquenard.

Dès les premières salves, la section de tête est fauchée ; le lieutenant Frachet prend position sur un éperon rocheux pour protéger la retraite mais la route est déjà coupée ; le capitaine se replie sur le piton rocheux.

A ce moment, le brouillard retombe et la compagnie se retrouve dispersée en trois groupes : le sergent Hosman à gauche, le lieutenant Fradet au milieu avec 20 hommes, à droite, et le capitaine en liaison à la voix. Le groupe du lieutenant revient à grand peine sur le plateau.

Le brouillard rend difficile l’organisation de la résistance. Le combat devient du chacun pour soi. Entendant des appels au secours de l’équipe du capitaine, le lieutenant Fradet et ses hommes redescendent sans hésiter la pente péniblement gravie et rejoignent le capitaine ; ils tentent de dégager les blessés. Ils s’installent au milieu des roches en formation de parallélogramme.

A 10 ½ heures, la position est à peine prise que le capitaine Labordette, le fusil à la main, est tué d’une balle dans le dos. Des hommes accourent pour le dégager, tandis que le reste de la compagnie sous les ordres du lieutenant Fradet ouvre le feu sur les murailles perfides.

Le lieutenant Fradet, blessé à plusieurs reprises, essaye de regrouper quelques hommes autour de lui. Les légionnaires vont tenir cinq heures, sous le feu d’un ennemi qui les surplombe et fait rouler d’énormes rochers pour achever les blessés incapables de se mouvoir.

A 12 ½ heures, enfin, la couche opaque se dégage légèrement ; la fusillade devient plus intense. Aux coups précipités, aux cris des Maures, les salves calmes et précises de la troupe répondent. Les légionnaires montrent le plus grand sang-froid.

Un caporal Rumisky fait preuve d’un flegme imperturbable : ‘’Puisque nous devons crever ici, ils n’auront pas mes cigarettes’’. Il s’apprête à allumer la dernière lorsqu’une balle lui tranche la carotide. Le caporal Heckman, blessé, demande au lieutenant de l’achever.

A 15 ½ heures, la fusillade s’arrête. Les ksouriens audacieux sentent la victoire proche. Flairant le pillage facile de cette troupe abandonnée au fond de leurs gorges sauvages, ils sortent de leurs repaires ; agiles comme des panthères, ils attaquent la troupe de tous les côtés.

Déjà, comme des chacals, les pillards s’avancent ; ils s’emparent d’abord des armes, puis des cartouches. Armés de longs poignards, ils achèvent les malheureux légionnaires qui respirent encore. Les horribles mutilations commencent.

Enveloppés de toutes parts, les légionnaires du dernier carré luttent depuis cinq heures, sauvant leurs blessés, gardant leurs morts, jusqu’à l’arrivée des renforts : sur les 35 hommes regroupés autour du capitaine Labordette, tué, 29 légionnaires sont tués, tous les autres blessés ; ils se sont sacrifiés pour sauver le reste de l’unité. Comme ceux de Camerone.

A 16 heures, les Marocains dévalent la pente pour se jeter sur le dernier carré français quand surviennent les autres compagnies du 6e bataillon, emmenées par le commandant Goertz, envoyées par le général Girardot. Comme une nuée de moustiques, les pillards s’éparpillent et les survivants, enfin dégagés, tombent dans les bras de leurs libérateurs.

Le terrain est si difficile que les légionnaires ne trouvent que 10 camarades tués et qu’ils ne peuvent pas retirer tous les blessés.

L’artillerie bombarde alors le ksar et les troupes établissent un bivouac.

La pluie ne cesse pas. Une froide tristesse pèse sur le camp boueux. Les officiers de quart passent enveloppés dans leurs manteaux. Ils songent à la veillée sinistre des morts dans la montagne.

Le lendemain, 16 mai, au petit jour, le brouillard se dissipe ; deux bataillons font leur paquetage et quittent le camp ; seuls restent au camp, un escadron de Chasseurs d’Afrique, un escadron de Spahis, un demi-bataillon d’Afrique et deux batteries ; dans la montagne, les légionnaires achèvent la recherche de leurs camarades, tués et blessés.

Le ksar détruit par les obus, pillé et brûlé par les goumiers, n’est qu’un monceau de ruines.

A 15 heures, un convoi de mulets descend les morts d’hier, escortés de quelques camarades noirs de poudre, harassés mais fiers. Toutes les troupes du camp leur rendent les honneurs.

Avec leur capitaine, 29 légionnaires ont été tués.

En relevant les corps, on retrouve dans les poches du caporal Bréval et du légionnaire Petersen, les culasses mobiles de leur Lebel. Se sentant mourir, ils ont eu l’héroïque présence d’esprit de rendre leurs armes inutilisables afin que l’ennemi ne puisse s’en servir. Ces humbles objets ont été déposés dans la Salle d’honneur du Régiment, non loin de la relique de Camerone.

Une photo montre le sergent Etmann et les 5 rescapés de la bataille d’El Alouana.

 

Le 17 mai dans la soirée, les obsèques se déroulent sur un mamelon entre Debdou et le camp, une demi-heure avant le départ de la colonne Girardot vers Marada. Les troupes défilent devant les 29 cadavres. Le commandant Goertz puis le général Girardot prononcent des allocutions. 

Légionnaires tués le 15 mai 1911 à El Alouana.

Capitaine Labordette.

Caporaux Bréval de Paris, Ecknayan Kanachiel Kins de Constantinople, Rubriycky de Paris.

Légionnaires Beckert d’Oggersheim en Allemagne, Burkart de Turckheim en Alsace, Charles de Paris, Hirsch de Paris, Holvans de Brême en Allemagne, Jacquot d’Aubenas en Ardèche, Jemet de Kerduden dans le Morbihan, Jensen de Metz en Moselle, Klauck de Cottbus en Allemagne, Koerner de Saint-Germain en Laye en Seine-et-Oise, Le Collec de la Manche, Léonce de Paris, Matter de Nancy en Meurthe-et-Moselle, Meissener de Dresde en Allemagne, Mélaton du Jura, Moreau de Cholet en Maine-et-Loire, Petersen de Danemark, Pincard d’Ille et Vilaine, Schossmacher d’Assen en Allemagne, Trefs de Goldenfingen en Allemagne, Tréhéo de Cognac en Charente-Maritime, Trubert de Paris, Valienes de Forbach en Moselle,

Légionnaires blessés le 15 mai 1911 à El Alouana.

Lieutenant Fradet de La Rochelle en Charente-Maritime.

Sergent Etmann de Namur en Belgique.

Légionnaires Bellahouet de Mostaganem en Oranie, Dekuissemaiter de Bruxelles en Belgique, Hoffmann de Schwappach en Bavière, Lengerhand de Gamban en Prusse, Nienzyck de Domb en Allemagne.

Jean Balazuc P.P.P.P.

Sources principales.

La Légion Etrangère – 150e anniversaire. Historia N° spécial 2e trimestre 1981.

Le 1er Etranger de Philippe Cart-Tanneur et Tibor Szecsko-Branding Iron Production-1986.

Histoire de la Légion de 1831 à nos jours. Capitaine Pierre Montagnon. Pygmalion. 1999.

Site ‘’Au fil des mots et de l’histoire’’

Site de Chronorama.

Site du Mémorial de Puyloubier.

Girardot Emile Gustave, né le 31.07.1855 à Dunkerque dans le Nord ; saint-cyrien de la promotion 1873-1875 ; sous-lieutenant le 01.10.1875 au 25e B.C.P. ; lieutenant le 12.11.1981 au 26e B.C.P. ; diplômé d’état-major en 1886 ; capitaine le 01.07.1987 au 132e R.I. puis au 112e R.I. Affecté au 1er Zouaves, il rejoint l’Algérie le 21.01.1890 ; placé hors cadres le 27.01.1993 pour occuper les fonctions de major à l’état-major du 19e C.A. Affecté à la Légion Etrangère au 1er R.E.I. en Algérie puis en Indochine, il participe aux opérations du Haut Mékong et en Annam. Il passe ensuite au 2e R.E.I. au Tonkin le 20.01.1896 puis il est muté à l’état-major des troupes coloniales en Indochine en juin. Chef de bataillon le 29.11.1896. Rapatrié en février 1897, à l’issue de ses congés de fin de campagne, il rejoint le 2e R.E.I. en Algérie le 26.12.1897 ; désigné pour un second séjour en Indochine, il rejoint un bataillon du 2e R.E.I. le 08.10.1899 ; le 09.11.1900, il est affecté en qualité de sous-chef d’état-major du corps d’occupation ; il est promu au grade de lieutenant-colonel le 12.07.1903, trois jours avant d’être rapatrié et de quitter le 2e R.E.I. Il sert ensuite au 40e R.I. puis au sein du comité technique de l’Etat-Major. Colonel le 23.03.1907, il revient à l’état-major des troupes à Alger puis il est nommé chef de corps du 1er Régiment étranger, il reçoit son drapeau le 26.10.1907. Parallèlement, il commande p.i. la 3e Brigade d’Infanterie. Il quitte la Légion en 1910 pour commander le 49e R.I. tout en gardant provisoirement la 3e Brigade. Le 23.03.1911 ; il est admis en 1ère section des officiers généraux et il conserve le commandement de la 3e Brigade. En juin, il est désigné comme chef du cabinet militaire de M. Messimy, ministre de la Guerre. Il quitte ses fonctions pour servir d’adjoint au général commandant le corps d’occupation au Maroc. A ce poste, il commande à nouveau des légionnaires en particulier pendant les opérations sur la Moulaya. Il est promu général de division le 14.07.1913 et il reçoit le commandement des troupes du Maroc oriental. Il commande une colonne marchant sur Fès en mai 1911 ; une compagnie de sa colonne tombe dans une embuscade au ksar d’El Alouana le 15 mai 1911. Le 4 février 1914, en opération devant Oujda, le général, ancien chef de bataillon au 2e R.E.I., ancien colonel chef de corps du 1e R.E.I., qui n’a pas voulu quitter ses légionnaires, décède d’une congestion pulmonaire sur une automitrailleuse. La Légion lui doit d’avoir vu disparaître des règlements anachroniques qui faisaient du légionnaire un déshérité et un paria au point de vue des nombreux avantages concédés aux autres troupes.

Goertz, commandant, chef du 6e bataillon du 1er Etranger au Maroc ; affecté à la colonne du général Girardot marchant sur Fès ; une de ses compagnies tombe dans une embuscade au ksar d’El Alouana le 15.05.1911.

 

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