Je cherche un peu, d’une manière provoquante et idiote, ce qui peut bien me déranger dans les propos de mon ami concernant le délicat sujet entamé dans cet article, je crois bien que c’est bien plus par provocation que par besoin de contredire…
Trois mots dominent: peur, liberté et routine.
Peur: Je ne pense pas que la peur tue automatiquement, au contraire, elle alimente bien souvent l’instinct de survie et la personne concernée vit le moment où celle-ci se présente avec une intensité peu habituelle. La peur est un moteur, il faut parfois savoir vivre dangereusement en pleine conscience des risques à prendre, tout un programme…
Liberté: Sujet difficile s’il en est, il est sans limite, libre et chacun possède en propre sa propre notion de la liberté, il n’y a aucune règle aucune contrainte même en prison certains peuvent se sentir libres.
Routine: Ce mot devrait être banni du monde légionnaire en dehors du service et de l’emploi qui demande souvent des gestes précis, entrainés, l’esprit lui, doit pouvoir s’évader, sinon, rien ne sert de prendre sa “valise en carton” et venir frapper à la porte de la caserne Légion pour y souscrire un engagement qui changera sa vie…
Merci Antoine d’exciter à la perfection nos neurones, la gesticulation de nos cellules grises est un sport cérébral indispensable à notre routine quotidienne quand la jeunesse s’éclipse. Le rêve doit prendre une place importante, il est liberté, indispensable remède à la peur de subir une routine qui ressemble tant à une mort lente et annoncée, celle de ne pas voir le temps passer.

CM

   



Saine folie ou anticonformisme
La raison pour laquelle poètes, écrivains, compositeurs, chanteurs, peintres et sculpteurs écrivent, composent, chantent, peignent et donnent corps à l’amour de la vie c’est parce qu’il n’y a rien de plus inspirateur.
La vie, meilleure elle est, moins de difficultés elle nous apporte et plus elle nous enserre dans ce fonctionnariat de vivre, qui nous oblige à nous accrocher bec et ongles à notre petit quotidien. Elle est bonne, elle est calme, confortable, tranquille… elle fait du bien à notre santé et à notre esprit, car nous nous sentons bien rangés dans le monde, chacun à sa place ; mais en réalité la vie est ce qu’elle est. Elle peut être ainsi pour tous, mais pour certains ce n’est pas suffisant.
Je pourrais dire que j’aime ce bon côté de la petite vie tranquille, aller toujours aux mêmes endroits, ritualiser la routine avec les gens que j’aime bien. La vie organisée en horaires, en périodes de travail et de repos, en nuits de sommeil ou de nouba ; elle me prête la stabilité nécessaire pour atteindre mes objectifs. Mais il y a une autre vie.

 


Les esprits créatifs sont des esprits insatisfaits, rêveurs, inquiets, visionnaires, impossibles à dompter. Ce sont des esprits libres qui s’envolent quand ils le désirent et se posent quand ils en ont envie, qui s’arrêtent seulement quand ils tombent et qui ne cessent jamais de rêver. Complètement sourd, Beethoven a composé la 9ème symphonie, Borges déjà aveugle, écrivait, Washington Roebling, ingénieur responsable de la construction du pont de Brooklyn à New York, dirigeait les travaux depuis la fenêtre de son appartement assis sur son fauteuil roulant. Dans ces esprits créatifs comme dans tant d’autres, les rêves et la volonté de les réaliser ont surmonté toutes les difficultés, toutes les limites, car pour ceux qui vivent passionnément seul le ciel est la limite et il est infini, et personne ne peut l’atteindre.

 



Rêver toujours et toujours plus haut, croire que ce que nous avons déjà vécu nous fortifie et regarder le présent avec optimisme et le futur avec espoir c’est ce qui distingue les visionnaires non conformistes de ceux qui s’installent dans leur petite vie. Le tralala du gigot du dimanche chez les beaux-parents, la même plage pour les mêmes vacances tous les étés – avec les mêmes amis – fréquenter les mêmes restaurants et choisir toujours le même vin, nous limite, nous retarde, nous ringardise et nous « stupidifie ». Pour confortable que soit ce bien-être, conquis de haute lutte, qui nous envahit jusque dans nos veines, il est nécessaire de réagir, pas contre lui, mais de sorte qu’il ne nous domine pas. « Passionne-toi pour ton existence », disait Kerouac, qui proclamait aussi : « Les seules personnes qui comptent pour moi sont celles qui sont folles, folles de la vie, folles de parler, folles pour être sauvées, désirant tout en même temps, qui ne baillent jamais, qui ne prononcent pas de lieux communs, mais qui brûlent, brûlent, brûlent…»


Savoir vivre c’est savoir vivre sans peurs, savoir s’envoler, parfois les moteurs éteints, sans regarder en bas pour voir s’il y a un filet comme au cirque, même pour un seul instant même si, après, la réalité nous accueille, nous entoure et nous protège. Car la petite vie construite patiemment, sans rêve, sera toujours là, mais les grands moments, ceux qui n’arrivent que de temps en temps, ne nous attendent pas tous les jours au coin de la rue. Il est nécessaire de les saisir quand le hasard joue en notre faveur.
Vivre sans peur ce n’est pas de la folie et si ça l’est, c’est une folie saine. C’est la peur qui nous tue. Et un esprit libre ne peut pas avoir peur au risque de cesser d’être libre.

AM