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Nicolas Zeller, médecin dans les forces spéciales de l'armée française et auteur du livre « Corps et âme ». Collection privée
TÉMOIGNAGE EXCLUSIF - Don de soi, courage sous le feu, attitude du soldat face à la mort… Nicolas Zeller, médecin dans les forces spéciales de l'armée française et auteur du livre Corps et âme, nous plonge au plus près de la réalité du combat, tout en s'interrogeant sur la nature même de l'engagement.


Sommaire:
Par Cyril Hofstein
Extrait n°1 : mission en Afrique
Extrait n°2 : sous le feu en Afghanistan
Extrait n°3 : au Sahel


« Je suis médecin. Et je suis aussi militaire. Ne me demandez pas si je suis plus l'un ou l'autre, car ces deux états sont indissociables chez moi. » En quelques mots, Nicolas Zeller, médecin des forces spéciales pendant dix ans balaye la question qui nous brûle les lèvres. De même qu'il nous prévient : « Ce témoignage n'engage que moi, explique-t-il. Il est le fruit d'une forme d'introspection, d'une réflexion personnelle et d'une expérience. J'ai voulu raconter, avec une subjectivité assumée, ce qu'est la guerre d'aujourd'hui et pourquoi nos soldats en sortent parfois meurtris. J'ai voulu décrire la société dont ils sont issus et qui parfois ne leur fait pas de cadeau. J'ai voulu comprendre pourquoi, en ayant vécu des situations identiques, en étant exposé au même risque de blessure intime, certains parviennent à conserver le cap de leur barque intérieure tandis que d'autres sombrent en eux-mêmes. »

Médecin des corps autant que des âmes, Nicolas Zeller, grave à l'eau-forte le portrait des combattants dont il a partagé le quotidien. Il connaît leurs forces et leurs faiblesses. Comme eux, il a pris tous les risques. Sans jamais les juger et avec un mélange troublant de fraternité, de tendresse et de dureté mêlée d'un profond respect, il livre un témoignage bouleversant sur la vie de ces soldats d'élite qui constituent « la pointe de tungstène » de l'armée française. Au Niger, au Burkina Faso, au Levant, ou en Afghanistan, il décrit, à hauteur d'homme, les accrochages, le doute, l'action décisive et les ravages de la blessure. Sans fard ni fascination. Page après page, dans la poussière, les sables et le bruit des rotors, la vie, la mort et l'héroïsme se confondent. En quête permanente de sens, il passe au trébuchet non seulement ses propres sentiments, ceux de ses compagnons d'arme comme ceux de « l'ennemi ».
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« La vie et la mort sont au bout du chemin de la guerre : la découverte que l'on y fait n'a rien à voir avec un joli paysage ou une montagne majestueuse » (Nicolas Zeller)

« Saint-Exupéry disait avec raison que « la guerre n'est pas une aventure. C'est une maladie. Comme le typhus », lance Nicolas Zeller. Mais il ne faut pas oublier que la finalité d'une armée est d'utiliser légalement la violence pour sauvegarder un intérêt supérieur, celui de la Nation. Elle est ainsi autorisée à transgresser le fameux « tu ne tueras point », commandement ancestral et universel fortement ancré dans notre culture, comme d'ailleurs dans toutes les cultures. Si cette dimension fondamentale est occultée pendant la phase de discernement, celui qui s'engage pour la seule aventure risque fort de connaître de sévères désillusions. A fortiori au moment de donner la mort.
Dans ces circonstances, l'exotisme s'estompe rapidement. L'aventure fantasmée devient une plongée douloureuse dans les eaux profondes de soi-même. Je fais partie de ceux qui croient que cela peut et doit être anticipé. La joie et l'exaltation des safaris photos, des raids d'exploration, et de la découverte des terres inconnues semblent bien dérisoires au moment où la mort surgit. La vie et la mort sont au bout du chemin de la guerre : la découverte que l'on y fait n'a rien à voir avec un joli paysage ou une montagne majestueuse. » Zeller ne laisse rien passer. Pour lui, l'engagement demeure fragile et le plus petit accroc peut le remettre en question à n'importe quel moment. Un équilibre instable qui peut faire émerger le meilleur comme le pire. « Les engagements militaires contemporains ne sont rien comparés à la violence des batailles de l'Empire, de Verdun, de mai-juin 1940 ou d'Indochine, assure-t-il. Mille personnes mouraient chaque jour en moyenne entre 1914 et 1918, deux mille par jour au printemps 1940. En Indochine, deux cent cinquante officiers sont morts tous les ans entre 1947 et 1954. Le faible taux de perte des opérations actuelles, la supériorité technique et technologique, le degré d'exposition de nos forces, la performance du soutien médical qui n'a jamais été aussi rapide et qui assure au soldat une prise en charge comparable à ce que l'on réalise dans le centre-ville de Paris, nous donnent une image de la guerre bien édulcorée. La réalité de la blessure ou de la mort y prend alors un autre goût : celui de l'anormalité ou de l'inacceptabilité. Mais n'est-ce pas nous qui avons perdu le sens de ce qui est acceptable ? Quelles que soient notre supériorité et l'intensité de tous les efforts entrepris pour sauver les vies, la guerre tuera toujours des hommes. Les familles de nos camarades tombés au Mali depuis le mois de janvier 2013 ne le savent que trop bien. Ne l'oublions pas, au risque de fragiliser tant ceux qui partent nous défendre que la société qui les envoie combattre pour notre liberté. La réalité nous rattrape et à quel prix ! » Pour le médecin du champ de bataille, l'engagement du soldat repose aussi sur un équilibre instable entre une forme de patriotisme individuel, « ruminé et réfléchi », et une reconnaissance de la Nation qui doit être sans cesse « rappelée et entretenue ».

Nicolas Zeller avec des enfants Collection privée


« Couramment, poursuit Nicolas Zeller, en France, on évoque le lien particulier qui unit l'armée et la Nation depuis la bataille de Valmy dont l'impact symbolique surpasse de loin une victoire militaire largement surévaluée. Ce lien, élastique, subit des tensions ou des relâchements. L'armée étant une émanation de la Nation, l'image du lien peut prêter à confusion. Nous pourrions user d'une illustration plus médicale, celle d'une membrane identique à celle qui, en même temps, unit et sépare une mère de son fœtus. Quelle qu'en soit la représentation, cette relation varie au gré des humeurs de l'une ou l'autre.
La menace terroriste ravive parfois la flamme au sein de ce couple. Les Français savent combien leurs soldats sont les premiers boucliers face aux djihadistes, à l'étranger, comme sur le sol national. Mais cette conscience demeure superficielle, momentanée et souvent mue par l'émotion, car de moins en moins nombreux sont ceux chez qui résonne encore le corpus de valeurs propres aux armées, vitalisé par les vertus cardinales de justice, de prudence, de tempérance et de courage. Les armées portent ce que la société ne veut plus ou ne peut plus porter. La discrétion qui entoure ceux des nôtres qui payent du prix de leur vie leur engagement, ou ceux qui sont blessés au combat, montre combien la distance s'est accrue. Dans l'esprit de beaucoup, il n'est pas anormal qu'un militaire perde sa vie ou soit blessé dans l'exercice de ses fonctions.
Pourquoi, après tout, s'émouvoir ou manifester sa solidarité avec une institution qui a fait des choix qui lui sont propres et dont les conséquences, parfois tragiques, sont normales ? »

Nicolas Zeller soigne un blessé. Collection privée

Extrait n°1 : mission en Afrique
« Il était environ vingt-deux heures et nous rentrions d'une semaine de reconnaissance spéciale. Tout le monde était fatigué à l'issue de ces patrouilles nocturnes. Nous essayions de dormir le jour, discrètement camouflés. À cause de la chaleur étouffante, le repos n'était jamais réparateur. Ce soir-là, nous avancions à quelques kilomètres à peine de notre base. Le véhicule dans lequel j'avais pris place roulait juste derrière celui qui a été frappé. J'avais tout vu. J'avais surtout entendu un bruit violent avant que ne jaillisse une véritable boule de feu. Franck, le sous-officier qui était au volant, s'était mis à hurler en arrêtant brutalement notre VLRA (Véhicule léger de reconnaissance et d'appui). Trois silhouettes étaient sorties en toute hâte du véhicule en flamme. La pression qui m'avait assailli était immédiatement retombée : mes camarades étaient bien vivants. Cela seul comptait. »
Extrait n°2 : sous le feu en Afghanistan
« Nous sommes en Afghanistan. Le soleil est couché depuis longtemps. La nuit est notre domaine. La mission est briefée. Nous sommes prêts. J'ai rejoint une autre base que la mienne depuis quelques jours, le temps de mener l'opération. Il s'agit d'aller arrêter le logisticien d'un groupe d'insurgés dans une vallée de Kapisa, un coin particulièrement dangereux (…) La colonne d'assaut se poste à la porte de la maison et place les charges d'explosifs sur les gonds. Nous sommes un peu en retard car l'infiltration a été plus difficile que prévu (…) Le silence se fait jusqu'à ce que tout le monde soit en place au sol comme dans les airs. Les drones nous survolent, les hélicoptères d'attaque se tiennent à distance raisonnable afin que le bruit des rotors et des turbines ne vienne pas trahir notre présence. Le centre opération nous donne le « vert action ». Presque instantanément, l'officier opérations retransmet l'ordre à la colonne d'assaut qui aussitôt fait sauter les charges. À cet instant précis, le temps s'accélère brutalement (…) Sitôt la porte franchie, les premiers coups de feu éclatent. Je suis quelques mètres en arrière. Les cristaux de ma montre marquent une heure moins le quart. La radio crépite au même moment. « Un blessé grave, le chef de la police ! » (…) Une balle est entrée en bas de l'abdomen, au-dessus de la hanche. Celle-ci est déformée, sa jambe droite est raccourcie et… l'orifice de sortie n'est pas visible. La balle est donc encore quelque part à l'intérieur. Le temps de poser un pansement et de commencer à sortir une seringue de morphine, nous sommes interrompus par un cri. «
Grenade ! » Je lève la tête et vois le projectile en question, jeté par un insurgé du premier étage de la maison, rouler à quelques mètres de nous. Je n'ai rien pour m'abriter. Benjamin et moi, nous nous couchons sur le blessé. Le silence succède au silence. Nous nous redressons tous les deux. Elle est là, posée au sol. Elle n'a pas explosé. »
Extrait n°3 : au Sahel
« Sahel, 2015, un soir vers minuit. Nous sommes entassés dans les hélicoptères EC725 Caracal qui s'infiltrent à grande vitesse au ras des dunes vers la zone où des chasseurs français viennent de frapper un important regroupement djihadiste. Notre mission : reconnaître le lieu de l'interception, relever le maximum de renseignements et capturer d'éventuels fuyards (…) Je vérifie que mon sac est bien en place, abaisse mes lunettes de combat, vérifie le réglage de mes jumelles de vision nocturne et monte le son de ma radio. Une fois mes gants ajustés, je suis prêt. Le Caracal se cabre violemment avant de reprendre une position horizontale. Le contact avec le sol est imminent. La poussière envahit la soute. Brutalement, nous sommes plaqués au plancher. L'hélicoptère est au sol. L'instant d'après, tous les commandos s'apprêtent à bondir. Le chef de soute nous donne l'autorisation de débarquer. (…) Nous nous regroupons et, en silence, entamons notre progression vers la zone du bombardement située à un kilomètre environ. La nuit est noire. Nous entendons au loin les hélicoptères d'attaque Tigre et Gazelle qui surveillent la zone d'action et poursuivent les fuyards. Nous progressons en colonne lorsque soudain le binôme de tête s'arrête. « Un homme allongé devant nous à 20 mètres ! » (…) Âgé d'une quarantaine d'années, il s'agrippe à ma cheville. Autour de lui, de longues traces dans le sable indiquent qu'il a rampé sur des dizaines de mètres avant que nous le découvrions. Il porte son gilet de combat avec un chargeur garni. Son arme gît dans le sable quelques mètres plus loin. Il est blessé aux jambes. (….) Un véhicule est totalement détruit, des affaires diverses jonchent le sol sur plusieurs dizaines de mètres. Une moto est même enchevêtrée dans les branches d'un arbre. Les dépouilles de quelques djihadistes jonchent le sol. »

21 octobre dans l’hebdomadaire chrétien « La Vie » :
Médecin au sein des forces spéciales, Nicolas Zeller témoigne de son expérience dans « Corps et âme » :
Urgentiste et militaire, Nicolas Zeller propose un ouvrage poignant, qui tient à la fois du récit d’action et de la réflexion philosophique. Une manière de questionner plus largement notre résilience face à la mort et à la violence.
Par Romain Mielcarek

Lorsqu’on parle des forces spéciales, on pense tout naturellement à l’élite des commandos français. Nicolas Zeller, lui, est urgentiste. Ses patients ? Des soldats français, des soldats alliés, ainsi que les blessés du camp adverse. « Est-ce que je suis d’abord médecin ou d’abord militaire ? » Le colonel et docteur Zeller s’amuse de cette question qu’on lui pose régulièrement. « Les deux sont indissociables pour moi », esquive-t-il.
Lorsqu’il rejoint l’armée en 1994, c’est tout de suite pour servir comme médecin militaire. Il suit la voie tracée par ses ancêtres : depuis 1871, la famille, alsacienne, se lie définitivement à la France et à l’uniforme. Son arrière-grand-père, son grand-père et son père sont aussi militaires. Ses enfants ? Il sourit : « Ils ne sont pas encore déterminés. »
En opérations, il prend des notes au quotidien : Homme de sciences et homme d’armes, il commence par servir dans des régiments conventionnels avant de rejoindre en 2011 les forces spéciales au sein du 13e régiment de dragons parachutistes, spécialistes du renseignement. Il multiplie les opérations, en Afrique, en Afghanistan, puis au Levant sur des théâtres qu’il n’est pas autorisé à citer. « J’ai toujours pris des notes dans des cahiers, des carnets et parfois sur de simples feuilles volantes, raconte-t-il. À la fois sur ce qui se passait, sur ce que je vivais et sur ce que je ressentais. On oublie rapidement ».
Le texte complet de Romain Mielcarek :
« Corps et Âme », muscler moralement les soldats
Médecin au sein des forces spéciales, Nicolas Zeller témoigne de sa double expérience de soignant et de soldat. Entre récit d’action et réflexion philosophique, cet ouvrage questionne plus largement notre résilience face à la mort et à la violence.
Lorsque l’on parle des forces spéciales, on pense tout naturellement à l’élite des commandos français. Nicolas Zeller, lui, est urgentiste. Ses patients ? Des soldats français, des soldats alliés, ainsi que les blessés du camp adverse. « Est-ce que je suis d’abord médecin ou d’abord militaire ? » Le colonel et docteur Zeller s’amuse de cette question qu’on lui pose régulièrement. « Les deux sont indissociables pour moi », esquive-t-il. Lorsqu’il rejoint l’armée, en 1994, c’est tout de suite pour servir comme médecin militaire. Il suit la voie tracée par ses ancêtres : depuis 1871, la famille, alsacienne, se lie définitivement à la France et à l’uniforme. Son arrière-grand-père, son grand-père et son père sont aussi militaires. Ses enfants ? Il sourit : « Ils ne sont pas encore déterminés. »
Homme de sciences et homme d’armes, il sert d’abord dans des régiments conventionnels avant de rejoindre en 2011 les forces spéciales au sein du 13ème régiment de dragons parachutistes, spécialistes du renseignement. Il multiplie les opérations, en Afrique, en Afghanistan puis au Levant, sur des théâtres qu’il n’est pas autorisé à citer. « J’ai toujours pris des notes, dans des cahiers, des carnets et parfois sur de simples feuilles volantes, raconte-t-il. A la fois sur ce qui se passait, sur ce que je vivais et sur ce que je ressentais. On oublie rapidement les sensations. »
L’ouvrage qui découle de ces mémoires est riche d’impressionnantes anecdotes. Certaines des opérations qu’il décrit surprendront même les lecteurs les plus au fait de la chose militaire : des actions héroïques qui démontrent de la créativité de ces hommes dans les situations les plus extrêmes. L’essentiel n’est pourtant pas là : plus que des faits de guerre, Nicolas Zeller partage une réflexion audacieuse et piquante sur les armées et leur relation avec la nation.
Muscler l’âme des soldats
A travers les pages, Nicolas Zeller égraine son quotidien : des rires, des frustrations, des interrogations mais aussi, souvent, des blessures, physiques et psychiques. Il s’étonne tout de même parfois de la fragilité de ces hommes. Ils pourraient se douter, en choisissant cette vocation et en s’entrainant aussi durement que la mort et la souffrance sont tapies en permanence sur leur route.
Pourtant, lorsqu’ils y sont confrontés frontalement, ils restent très souvent surpris par leur propre faiblesse. « Être conscient de cette vulnérabilité avant pourrait aider à la traverser, estime l’auteur. Il y a un attrait de la technique. Peut-on dire que plus on blinde le soldat, plus il est protégé ? Ce n’est pas évident que ce soit le meilleur moyen de traverser la violence. Aujourd’hui, la plupart des travaux vise à renforcer le physique, beaucoup ; le psychique, un peu ; mais le moral, l’âme, pas du tout. »
L’officier explore des pistes pour « épaissir » l’âme des soldats et les rendre plus résilients face à la prise de conscience de la mort possible. Pour lui, les autorités, politiques comme militaires, doivent assumer plus clairement ce sacrifice ultime, consenti par ceux qui s’engagent. Comment expliquer que le nouveau monument aux morts en opérations extérieures, inauguré en 2019 à Paris, figure des hommes portant un cercueil absent ? Est-il si difficile de montrer la mort ? Nicolas Zeller questionne notre rapport à l’éducation sur ces problématiques ainsi que notre capacité à transmettre la mémoire des violences historiques.
La spiritualité, aussi, pourrait être une arme pour se durcir l’âme. Il est, un jour, le témoin d’une jolie scène de vie. Un soldat est blessé en mission. Une blessure sévère, qui transforme son destin pour toujours. Lorsque son chef se rend à son chevet, alors qu’il sort de chirurgie, tous deux cherchent les mots pour se rassurer mutuellement. Le subalterne veut dire à son supérieur qu’il n’est pas responsable du drame. L’officier aimerait remercier son opérateur et le rassurer sur son avenir.
Chacun bredouille comme il peut le fond de sa pensée. Puis le chef, avant de partir, offre une image spirituelle à son soldat. Le convalescent n’est pas pratiquant mais ce geste, cette foi offerte dans la plus grande simplicité, l’accompagnera durablement dans le combat à venir.
« Les états d’âmes des soldats sont-ils une maladie ? », se demande Nicolas Zeller. Il note que tout militaire est désormais régulièrement confronté à un psychologue. De même que le moindre accident, dans le monde civil, implique le déploiement d’une cellule psychologique, le soldat se voit de plus en plus systématiquement proposer un accompagnement psychologique. Pour le médecin, il est pourtant des situations où il serait possible de s’économiser la médicalisation de la souffrance.
Les hommes et les femmes peuvent pleurer leur douleur, la digérer et l’affronter, ensemble.
Transmettre le sens du service
A qui s’adresse un tel témoignage ? « C’est un objet curieux, propose l’auteur. Il pourra intéresser ceux qui s’engagent, dans l’armée ou ailleurs. Il y a de nombreuses façons de servir son pays. Un enseignant ou un fonctionnaire suivent la même voie. » Le médecin s’interroge, parfois de façon brutale, sur le rapport au monde qui nous entoure. Surtout, il réfléchit à ce qui attend toute la jeune génération qui s’engagera dans les années à venir. Une génération qui a pris l’habitude d’admirer des idoles médiatiques, mannequins et grands sportifs, dans un culte du physique et du consumérisme éphémères qui ne laissent guère de place à la notion de sacrifice et d’abnégation.
Il raconte comment les jeunes soldats des forces spéciales s’acharnent sur leurs appareils de musculation et se relèvent, parfois en pleine nuit, pour absorber des cocktails de protéines. Des mélanges qui ne sont pas spécialement bons pour la santé mais qui permettent de fabriquer du muscle massif et luisant, atouts plus utiles en boîte de nuit qu’en opérations. « L’attrait de la culture physique va avec le mythe de l’invulnérabilité », juge l’auteur.
« La fin d’une paix illusoire, le retour de la menace terroriste, l’émergence de nouveaux équilibres de puissances, l’hypothèse d’engagements plus durs, plus meurtriers, plus coûteux humainement, posent naturellement la question de notre capacité à absorber individuellement et collectivement ces chocs futurs », écrit Nicolas Zeller. Comme beaucoup de militaires, il n’est pas surpris par les attentats et les pandémies qui ont rappelé à quel point nos vies et notre paix sont fragiles. Pour lui, ces réflexions ne doivent pas concerner que ceux qui ont choisi le métier des armes mais l’ensemble de nos sociétés.
Alors que faire pour réarmer les jeunes générations face à ces violences, sanitaires ou guerrières, qui ne cessent de nous rattraper ? Si le diagnostic est clair, la prescription se veut humble et prudente.
Des pistes, que chacun devra explorer à son niveau : retrouver le goût de la lecture, écouter les récits de ceux qui ont choisi de s’engager, être capable de renoncer en partie à son propre confort et, surtout, redonner de l’espace à des valeurs essentielles comme la loyauté, l’abnégation, le courage ou l’exemplarité.


Zeller Nicolas, « Corps et Âme », Editions Tallandier, 19,50 euros sur Amazon.

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