Véhicules de légendes
CRABES ET ALLIGATORS un destin mêlé.
2e partie
LE LVT 4 surnommé l’ALLIGATOR
Le Water Buffalo est introduit dans le corps des Marines à la fin de 1940.
C'est un ingénieur américain du nom de Donald Roembling qui a pensé à ce genre d'engin pour la première fois. Il eut cette idée après un ouragan en Floride en 1935 car les secours avaient du mal à opérer dans les Everglades. Soit les embarcations étaient bloquées par la boue ou la mangrove, soit les véhicules terrestres ne pouvaient accéder sur les lieux faute de routes. Il construisit donc un engin mixte entre un bateau et un camion pouvant se déplacer à la fois sur l'eau et sur la terre.
L'engin est découvert quelque temps plus tard par les Marines. Cette découverte tombe à pic puisque ceux-ci cherchent depuis un certain moment une solution pour débarquer la logistique sur les plages lors de débarquements. Ainsi, ils évitent d'utiliser à la fois des barges ou des bateaux pour déplacer la marchandise de la mer à la terre et ensuite un autre véhicule pour la distribuer à terre. Encouragé par le brigadier général des Marines E. P. Moses, Donald Roebling construit sur ses fonds propres une version adaptée aux besoins militaire, l'ALLIGATOR 3. Opérationnel en mai 1940.
C'est à Guadalcanal en août 1942 que les LVT-1 subissent le baptême du feu. Leur utilité est avérée aussi bien pour débarquer de la logistique que pour transporter des troupes. Leur utilité sera vraiment admise lors de la bataille de Betio (île de l'archipel de Tarawa entourée par un récif de corail). Les barges d'assaut n'arrivant pas à passer cette barrière de corail, ce sont les LVT-1 et les nouveaux LVT-2 (légèrement blindés) qui furent utilisés pour faire débarquer les Marines sur la plage. Après ça, ils seront utilisés chaque fois que des troupes devaient débarquer sur une plage.
Sur le front européen, les LVT portaient le nom de Buffalo et ne furent utilisés qu'à la fin de la guerre par les armées britannique, canadienne et américaine lors de la bataille de l’Escaut, de l'opération Plunder et lors de la traversée de l'Elbe en 1945. Cette version était motorisée par un moteur de char Stuart. 2 962 exemplaires furent produits au total.
Le Water Buffalo, désigné officiellement LVT (Landing Vehicle Tracked) devint le principal moyen de débarquement de l'infanterie.
Les LVT étaient une classe de véhicules amphibies de débarquement utilisés par la Marine américaine, le Corps des Marines des États-Unis et l'Armée de terre des États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale. Initialement conçus uniquement comme transporteurs de fret pour navire, ils ont rapidement évolué pour transporter des troupes d'assaut et des véhicules blindés. Dans l'armée américaine, ils étaient aussi couramment appelés amtrack d'après la contraction du mot amphibious tractor (tracteur amphibie en anglais).
Il a existé plusieurs versions du LVT lors de la Seconde Guerre mondiale. Au fil des améliorations, ont été dotés de mitrailleuses et d'une porte à l’arrière du véhicule (LVT-3 et 4) afin de faire débarquer les troupes à l'abri de celui-ci. Plusieurs variantes ont été développées pour améliorer les capacités de l'engin et l'adapter aux contraintes sévères d'utilisation. La disposition initiale de la soute en position centrale fut modifiée pour aménager un vaste espace à l'arrière avec accès par une rampe rabattable. Cette version reçut le nom de LVT 4 et fut la plus répandue de toutes avec 8 438 exemplaires construits contre 1 225 LVT 1 et 3 143 LVT 3. La propulsion dans l'eau était assurée par le mouvement des chenilles.
Lors de la guerre du Pacifique, des versions améliorées ont été mises au point. Ce sont les LVT(A) (pour Landing Vehicles Tracked Armored - Amtanks), mieux blindés et armés d'un canon de 37 mm ou d'un obusier de 75 mm pour déloger l'infanterie adverse retranchée. À la fin des années 1950, les anciens LVT en service seront progressivement remplacés par des LVTP-5, et ceux-ci le seront à leur tour par les AAV-7A1 à partir des années 1970.
Les Amtracs et Amtanks symbolisent la réussite d'une machine créée pour répondre en urgence à un problème nouveau. Ils sont aussi les produits de la doctrine amphibie naissante de l'armée des États-Unis. Il est aussi intéressant de noter que le mode de propulsion de ces engins était simple et ingénieux quoique peu performant. Les chenilles des Amtracs et Amtanks étaient dotées de palettes qui lorsque ces véhicules sont dans l'eau agissent comme une roue à aubes et assurent la propulsion. Les modèles récents d'engins amphibies sont dotés d'hélices débrayables ou d'hydrojets.
CRABES ET ALLIGATORS À LA LÉGION ÉTRANGÈRE
Depuis son arrivée en Indochine, le 4 janvier 1947, le 1er REC est organisé en régiment à pied avec un escadron hors rang (EHR) et six escadrons de combat. À peine débarqué il est engagé dans diverses opérations.
Fin 1947, deux escadrons du REC sont équipés de matériels amphibies, tandis que les 4e et 5e escadrons reçoivent des blindés d’origine britannique. Fort de cette nouvelle dotation, le régiment sera redéployé.
La situation évoluant, il faut de nouveaux moyens pour contrer un ennemi toujours plus fugace. Il est donc décidé de créer en 1951, à côté de l’organisation traditionnelle du 1er REC, les 1er et 2e groupements autonomes (GA) dont la vocation amphibie va s’affirmer grâce aux CRABES et aux ALLIGATORS.
Engagés par pelotons, comme des véhicules de combat, les CRABES font rapidement la preuve de leur efficacité, en Plaine des Joncs. Une doctrine d'emploi est élaborée, empiriquement, où apparaît la nécessité de créer une infanterie d'accompagnement organique et portée, pour ne pas ralentir les mouvements des CRABES. Des engins prêtés par la Marine sont expérimentés et adoptés : les ALLIGATORS (LVT 4). C'est alors que les 1er, 2e et 6e escadrons de CRABES s'enrichissent chacun d'un peloton de LVT, ainsi que d'une compagnie portée de cavaliers autochtones, recrutés sur place en Cochinchine.
Contrairement au CRABE qui est en engin terrestre qui accessoirement peut se mouvoir sur l'eau, le LVT 4 est un engin marin qui peut se déplacer sur terre.
Sur les premières versions LVT 1 et 2, le moteur était placé à l'arrière et l'accès à la cuve est délicat sous le feu ennemi. Sur les versions 3 et 4, la coque se compose d'un vaste compartiment à l'arrière permettant de transporter personnels et matériel ouvert par une rampe sur la poupe, tandis qu’à l’avant se trouve le compartiment moteur et le poste de pilotage. Il est entièrement chenillé et se déplace sur l'eau grâce à ses chenilles adaptées qui enveloppent toute la hauteur de l'engin et dont les patins sont moulés en forme de godets permettant une meilleure propulsion. Il est protégé par des plaques de blindage sur les flancs et à l'avant. Un bricolage, sous forme de plaques métalliques arrondies protégeait parfois l'angle avant de la caisse. Toujours dans un esprit pratique, de petits marches-pieds sont soudés sur les flancs (sur les engins qui n'en possèdent pas d'origine).
C'est un gros engin de presque 8 m de long et 3.25 m de large. Il pèse 14 t à vide et 18,5 t chargé. Construit par Ford Machinery Corporation, il est propulsé par un moteur en étoile Continental W 6709 à 7 cylindres (moteur d'aviation, monté aussi sur le char léger M3) au démarrage délicat. Il est qualifié de fragile par ses utilisateurs. La boite permet une gamme de 5 vitesses en marche avant et une en marche arrière. La vitesse sur sol dur est de 45 km/h et 5,5 nœuds sur l'eau (soit environ 10 km/h). Son autonomie est de 2 à 3 jours selon le type de terrain rencontré.
Son armement de base comprend 2 mitrailleuses calibre 50 de 12,7 mm à l'avant et 1 mitrailleuse de 7,62 mm de chaque côté. Les boucliers sont de différents modèles et souvent improvisés. La présence d'une mitrailleuse sur rotule à l'avant de la caisse n'est pas systématique. On trouve un canon sans recul (SR) de 75mm par patrouille de 2 engins et un mortier de 81 mm par peloton. Le canon SR est monté sur la porte arrière. Il peut transporter 25 hommes avec leur équipement en opération et 40 pour le transport
. Les longs déplacements sur routes usent prématurément les godets des chenilles et détériorent aussi les routes. L'utilisation des pistes à chars existant le long de certaines routes, s'avère dangereuse en raison du risque élevé et de leur facilité à être minées.
Comme pour les CRABES, certains terrains sont très difficiles pour l’ALLIGATOR avec la problématique supplémentaire que si un équipage peut pousser ou tirer un CRABE, pour lui faire franchir un passage difficile, il n'en est pas de même pour un ALLIGATOR. L'équipage est composé de neuf hommes : un chef de voiture (terme utilisé), un pilote et un aide-pilote, un radio, quatre tireurs pour les armes de bord, enfin un homme chargé de la porte arrière.
Les opérations de débarquement depuis les LST[i] sont rapides du fait des bonnes qualités marine du LVT. Une première expérience (opération ALLIGATORS) encourageante est tentée en novembre 1950. Les 2e, 6e puis le 1er Esc perçoivent un peloton de LVT et recrutent un commando autochtone destiné à embarquer dans les LVT. C'est la naissance des Sous-groupements Amphibies. Chacun se compose d'un escadron de CRABES et d’une compagnie (puis escadron) portée avec ses ALLIGATORS. Un peloton de LVT est à 6 engins. Pour transporter un peloton porté, deux LVT sont nécessaires. Ces pelotons portés sont formés de personnels autochtones, plus légers, qui permettent d’accroître les performances des LVT. De plus ils sont naturellement adaptés au pays. Leur utilisation pour la fouille et les contacts avec la population est plus rationnelle qu'avec les Légionnaires. Un peloton LVT (équipage) est composé à 50% d'effectif autochtone. Le commando (peloton porté) à plus de 70%.
Char de débarquement. Plus marin que le CRABE, l’ALLIGATOR est un engin très efficace dans son emploi spécifique. En revanche, trop lourd, il s'est révélé moins manœuvrant en rizières inondées que le CRABE.
Malgré son gabarit imposant, l'ALLIGATOR s'est révélé un engin bien adapté au conflit indochinois.
L'escadron porté sur LVT (Type 1954) se compose comme suit :
- 1 LVT obusier pour le capitaine
- 1 LVT dépannage avec des flèches de camion GMC Wrecker[ii]
- 1 peloton d'appui avec :
- un groupe canons (2 LVT 40mm)
- un groupe engins sur 1 LVT avec 2 mortiers de 60mm et 2 canons SR 57
- 3 pelotons de combat (38 hommes) sur 6 LVT de transport.
Mais la composition des GEA peut évoluer. La présence des 40 mm n'est pas confirmée dans tous les escadrons portés.
Après le désastre de Diên Biên Phu, les forces de l'Union française sont réorganisées. Le REC est modifié en mai 1954. Ses deux GA comprennent alors un état-major, un EHR, deux escadrons sur CRABES et trois sur ALLIGATORS C'est l'opération Auvergne qui scelle le sort des unités amphibies de belle manière, puisque deux unités ennemies du régiment n° 95 sont anéanties
Le 27 juillet, le 2e GA rejoint Haiphong, tandis que le 1er GA se regroupe à Tourane. Affecté à la 1re Division d'Extrême-Orient, le 1er REC est destiné à assurer la garde de ces hauts plateaux d'Annam. En définitive, il est regroupé, au mois de décembre, à Saigon, au camp Chanson. Le 2e GA forme, avec le 5e REI, l'arrière-garde du corps expéditionnaire au Tonkin. Stationné dans la presqu'île de Do-Son, il participe à l'évacuation de plus de 50 000 civils qui fuient vers le Sud-Vietnam. Les cavaliers du 2e GA embarquent les derniers sur l'Athos, le 25 septembre 1955, en direction de l'Afrique du Nord.
À l'issue de la guerre en 1954, ils sont ramenés à Arzew en Algérie où sera créé le Centre d'Intervention pour Opérations Amphibies (CIOA). Ils connaîtront encore une fois un déploiement opérationnel au cours de l'opération Mousquetaire à Suez en 1956 avec le 1er REP.
Le CIOA est rapatrié à Lorient en 1962 et l'escadron amphibie sera basé au Fort de Penthièvre sur la presqu'île de Quiberon. Les ALLIGATORS serviront pour des entrainements jusqu'à leur réforme au cours des années 1970.
HISTORIQUE DES GROUPEMENTS AUTONOMES.
1er Groupement autonome :
Dès février 1948, le 1 Groupe d'escadrons du 1er REC, doté de CRABES, voit le jour.
Le 1er avril 1951, les escadrons de ce Groupe deviennent les 1er, 2e, et 3e sous-groupements amphibies.
Le 1er septembre 1951, le 1er Groupe d'escadrons prend l'appellation de 1er Groupement autonome (GA) formant corps du 1er REC.
Le 1er avril 1953, il devient le 1er Groupement amphibie formant corps du 1er REC. Les sous-groupements deviennent alors les 1er, 2 et 3e Groupes d'escadrons amphibies (GEA). Le 1er GA est dissous le 31 janvier 1955
2e Groupement autonome :
Le 2e Groupement autonome est créé le 1er octobre 1951 à partir d'un sous-groupement amphibie (8e escadron de CRABES) et d'un sous-groupement du 1er Régiment de chasseurs.
Le 1er avril 1953, le 2e GA devient le 2e Groupement amphibie formant corps du 1er REC.
Les deux sous-groupements deviennent alors le 4e et le 6e GEA. Le 1er juin 1953, ils sont rejoints par le 1er GEA venu du 1er Groupement amphibie.
Le 2e GA est dissous le 29 novembre 1955.
7e escadron amphibie.
Le 7º escadron amphibie est formé le 27 juillet 1951, le 7e escadron amphibie du 1er REC change de nom le 1er septembre pour devenir le sous-groupement amphibie du 1er REC, auquel il est subordonné directement. À compter du 1er avril 1953, il devient le 7e Groupe d'escadrons amphibie, puis, le 1er juin 1953, il est rattaché au 1er Groupement amphibie. Dissous le 27 mai 1954, puis recréé le 1er octobre 1955, il est définitivement dissous le 31 mars 1956.
Sources :
- Wikipédia
- CRABES et ALLIGATORs dans les rizières – Jacques Jauffret – Lavauzelle 1999
- Https // char français.net
- DRPLE
- Véhicules et engins du 1er REC – M. Pelissier françois
Photos :
- LVT 4 lors de la bataille d’Iwo Jima en 1945 © wikipédia
- Le Royal étranger en opération dans la plaine des joncs en 1952 © DRPLE
- LVT 4 1er REC – Indochine © char français.net
- LVT 4 GERARDMER du 1er REC – Indochine © char français.net
- le 1er REP à Suez en 1956 sur les ALLIGATORS du 1er REC.
- en haut à gauche insigne du 7e escadron amphibie, à droite insigne du 1er GA, en bas à gauche insigne du 2e GA, à droite insigne du 1er GeA © DRPLE
[i] Landing Ship Tanks, gros navire de débarquement avec portes à l'avant de 118m de long et 5 400t en charge.
[ii] Dépannage.