LE CAPITAINE
Étymologiquement le mot capitaine à une racine italienne étant issu du bas latin Capitaneus. La langue italienne en a fait le verbe capitanare, verbe qui n’a pas d’équivalent français et qui signifie commander en chef.
Les mots capet, capitain, capitaine, ont eu quelques analogies avec la qualification des lochagues bysantins, des capitans ou capudans turcs, ou encore des capitanis grecs. Ils ont remplacé les mots banneret, grand banneret, chandellère, chadellière, chevetain, grand vavasseur, mais l'usage du mot capitaine était déjà ancien, quand ces dénominations furent inusitées.
Le mot français Capitaine a, dans l'origine, signifié capitaine de forteresse, gouverneur de place, castelan[1], commandant d'un lieu fortifié ou d’un château, colonel ou chef d'un cadre administratif quelconque.
Il a même pris d'abord un sens encore plus fort parce que les capitaines des bandes faisaient, pour leur compte la guerre, comme l'eut faite, avec son armée, un général en chef, ou un souverain.
A la fin du XVe siècle le sens de ce mot change pour devenir exagérément respectueux voir obséquieux, en un synonyme de sire ou de monseigneur. De fait tout le monde était capitaine et il a fallu donner cent ans plus tard le nom de mestre de camp au capitaine en chef pour retrouver un peu plus de clarté
C’est au début du siècle suivant des écrivains comme Walhausen et Praissac sont les premiers qui attribuent au mot capitaine un sens conforme à celui que l’on comprend encore de nos jours. Ces écrivains le voient comme le commandant d'une compagnie[2] et comme ayant un rang comparable à celui que tenaient, dans les milice byzantine et romaine, le centenier ou le centurion.
L’encyclopédie de 1785 cite soixante-deux fonctions de capitaines différentes au sein des troupes françaises, dont beaucoup étaient inutiles au bon fonctionnement de l’armée.

Capitaine de l’armée de Condé – 1792 © bertrand-malvaux.com
La création légale des capitaines d'hommes d'armes a précédé celle des capitaines d’infanterie, elle remonte à Charles V[3].
Si l'on disait d'un capitaine qu'il avait en charge un nombre d'hommes tant soit peu considérable, on désignait par là un officier d'un grade pareil à celui qui caractérisa, plus tard, les colonels ou les mestres de camp. En d'autres termes, un capitaine ayant charge de mille hommes, était à peu près ce qu'un colonel est aujourd'hui.
Louis XI ayant mis sur pied environ seize mille francs archers, confia cette infanterie à quatre capitaines en chef, et ayant sous leurs ordres des capitaines qui commandaient chacun cinq cents soldats.
Le grade de capitaine a donc correspondu successivement à celui d'un chef suprême, d'un colonel, d'un chef de bataillon. Il décroît encore par la réforme des légions de François Ier[4] et par le rétablissement des bandes isolées. Les capitaines de ces bandes reprirent, il est vrai, une sorte de commandement en chef, mais qui s'exerça à peine sur trois cents ou quatre cents hommes.
Malgré tout ce terme de capitaine conserva tout de même quelques bizarreries. Une reine de France, un enfant de France au berceau avaient leur compagnie d'ordonnance, et en étaient le capitaine.
En général, il y a eu, par compagnie, un capitaine. Ce nombre cependant a varié suivant les armes, les corps, leur composition et certaines circonstances passagères.

Capitaine – garde du corps du roi – 1820 © Wikipédia
Les Capitaines étaient à l’origine des entrepreneurs pour qui la GUERRE était un négoce. C'étaient des gentilshommes, ou des bâtards de grandes familles, ou des étrangers qui, pour la plupart, se promouvait colonels de leur autorité privée, et vendaient leur service et celui de leur troupe contre monnaies sonnantes et trébuchantes. Plus tard lorsque l’armée devint plus ordonnée c’est le connétable[5] qui les choisissait. Cette charge au fil des siècles changea de titulaire mais le mode de nomination restait au choix d’une autorité supérieure voire du roi lui-même, comme avec Louis XIV qui signait leurs brevets ou commissions.
Dans la première moitié du XVIIIe siècle, un lieutenant devenait Capitaine, en faisant ce que l'on appelait un accommodement, c'est-à-dire qu'avec l'agrément du colonel il décidait, moyennant cinq ou six mille francs, un capitaine du corps à se retirer. Il héritait ainsi de son emploi, et une fois chef de compagnie il avait la perspective de rentrer un jour dans ses débours, en parvenant à revendre la compagnie qu'il avait achetée. Ce remboursement et la Croix de la Légion d’honneur était à peu près les uniques avantages que le service militaire lui promettait[6].
Ces différents modes d’accession au grade de capitaine généraient des abus qui transformait parfois un capitaine en un noble imberbe ou un riche inexpert et le ministre de la guerre de Louis XV imposa un certain nombre d’années de grade de lieutenant comme prérequis à l’avancement. Cependant les anciens usages ont la peau dure et perdurent. Sous la Révolution la législation sur l’avancement était dans un tel état de pagaille qu’une loi confie d'abord aux soldats de certaines troupes la nomination de leurs capitaines. Il fallut attendre l’an trois[7] pour remédier à cette énormité.
Sous le règne de Bonaparte, une circulaire de l’an treize (15 floréal) exige huit années de service et quatre années de grade de lieutenant pour l'obtention du grade de capitaine. Cette décision est
violée continuellement par le souverain et ses lieutenants, et elle n'a d'autre effet que d'amener le Ministère du droit à refuser quand il ne lui plaît pas d'accorder. La loi de 1818[8] régla cela et celle de 1832[9] exigeait deux ans de grade de lieutenant pour l’obtention du grade de capitaine.
D’un point de vue tactique le placement est assez récent, du temps où l’on combattait à rangs ouverts et à files ouvertes les officiers étaient placés devant les rangs des bataillons et formaient le front. Ils devaient intégrer le premier rang ou se coucher pour que la troupe puisse faire feu. Les ordonnances du début du XVIIIe siècle plaçait le capitaine à droite du premier rang de leur compagnie, place qu’il occupent encore un siècle plus tard.
Ces usages anciens semblent bien incohérents de nos jours mais la guerre ne se pratiquait pas de la même façon et une sorte de code de noblesse en régissait le déroulement. Chacun a en tête une image historique de ces rangs parfaitement alignés, les hommes épaules contre épaules à courte distance qui tiraient une salve sur l’ennemi en attendant d’en recevoir une le temps de recharger.
L’ordonnance de 1768 (1er mars) conférait aux capitaines entre autres le droit de punir d’arrêts simples tous les lieutenants et sous-lieutenants du corps, et de prison ou de salle de discipline tous les hommes de troupe de ce même corps. Dans un autre registre, il fallut attendre 1818 pour que le capitaine perde le droit de choisir ses lieutenants et enseignes ou de nommer ses sous-officiers ou gradés militaires du rang. Par la suite il soumettait des propositions à son chef de bataillon.

Capitaine du 2e REG recevant le commandement de sa compagnie en 2023
LES ANCIENNES DENOMINATIONS DES CAPITAINES
Quelques exemples :
Capitaine de charrois.
Capitaines, ainsi nommés au XVIIe et XVIIIe siècles, officiers institués par Henri II, au nombre de vingt. Il les chargea de lever mille charretiers, de rassembler mille chevaux de trait, de réunir six cents charrettes. Ce fut la première organisation des transports militaires. Sous Henri IV, les capitaines de charrois furent soumis à un capitaine général des charrois, ou à un capitaine général des vivres. Ils avaient, ou cinquante chevaux à leurs ordres, ou une brigade de mulets. Dans le dernier cas, ils s'appelaient capitaines de mulets. Ils étaient attachés aux états-majors des armées sans y être nominalement compris. Leur dénomination a disparu avec la création du Train.
Capitaine de piquet.
Capitaine d'infanterie française de ligne que les anciens règlements de campagne chargeaient, au camp, du commandement du piquet. Cet officier devait rester habillé et armé pendant ses vingt-quatre heures de service, et devait être à portée de la tête du camp, jour et nuit, pour opposer sa troupe a l'ennemi en cas d'attaque subite.
Capitaine entretenu.
Sorte de capitaines qu'on appelait ainsi, pour designer des gentilshommes servant comme simples soldats dans les bandes. On les distinguait par ce nom des capitaines en chef, ou capitaines ayant-charge. Les entretenus étaient des aspirants aux grades de l’infanterie, et, suivant le degré de protection qu'ils obtenaient, les uns devenaient caporaux, les autres enseignes, les autres capitaines en chef. Il y en avait d'entretenus à paye royale[10], et d'autres entretenus aux frais de leur capitaine en chef.
Capitaine de guides.
Capitaines qui, dans les guerres anciennes, étaient choisis par le général en chef. C'était un emploi donné à des individus connaissant le pays et la langue qu'on y parlait. Leurs fonctions consistaient à rassembler, tenir réunis, et diriger une cinquantaine d'habitants ou de paysans à pied ou à cheval, qu'on nommait guides d'armée. Le capitaine de guides prenait l'ordre du maréchal de camp, accompagnait le maréchal des logis de l'armée dans ses reconnaissances, et fournissait à qui de droit des guides suivant les besoins.
LE CAPITAINE DE NOS JOURS.
Capitaine est un grade militaire utilisé en France dans les forces armées et dans diverses administrations civiles. Il appartient à la catégorie des officiers subalternes.
Actuellement, le terme de capitaine (Armée de Terre, de l’Air, Gendarmerie) correspond au grade de lieutenant de vaisseau dans la Marine nationale.
Quelle que soit l’armée, un capitaine peut avoir la responsabilité d'une unité élémentaire de 100 personnes environ. Cette troupe peut prendre les appellations suivantes :
- Batterie : Armée de terre (artillerie) ;
- Compagnie : Armée de terre, gendarmerie (compagnies de gendarmerie départementale, compagnies des régiments d'infanterie de la Garde républicaine) ;
- Escadron : Armée de terre (cavalerie, train), Armée de l’air (non navigants), Gendarmerie nationale (escadrons de Gendarmerie mobile, escadrons motocyclistes et de cavalerie de la Garde républicaine, escadrons départementaux de sécurité routière) ;
- Escadrille : Armée de l’air (navigants).
Il peut aussi être, en dehors d'une unité de combat, adjoint d'un chef de bureau en administration centrale, chef d'un détachement, etc.
Sources :
- https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/;
- Dictionnaire de l’armée de Terre par le général Bardin – volume 4 – 1843 ;
- Wikipédia.
[1] Châtelain.
[2] Cependant l'ancien usage était tellement enraciné, que le plus ancien de nos Almanachs militaires, celui de 1755, désigne encore sous le titre de Capitaines les lieutenants généraux de l'époque.
[3] Charles V dit « le sage » (1337-1380) - Roi de France de 1364 à 1380.
[4] Chaque légion était composée de 6 000 hommes sous les ordres d’un colonel, répartis-en 6 compagnies de 1 000 hommes sous les ordres d’un capitaine.
[5] Au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime, grand officier de la Couronne et commandant suprême des armées royales.
[6] A cette époque, l'accès aux grades les plus élevés était interdit à quiconque n'étant pas de naissance illustre ou ne jouissant pas d'une protection puissante, de plus les pensions de retraite n'étaient pas en usage.
[7] L'an III du calendrier républicain, correspond aux années 1794 et 1795 du calendrier grégorien. Cette année a commencé le 22 septembre 1794 et s'est terminée le 22 septembre 1795.
[8] 10 mars
[9] 14 avril
[10] Au frais de la couronne.