Le jeudi 18 décembre, le Général MAURIN est entouré d’anciens légionnaires des AALE d’AUVERGNE RHÔNE ALPES pour recevoir le Peintre Jean-Pierre ROUSSEAU, dans le salon Empire du Cercle Mess de garnison, à LYON.

Jean-Pierre ROUSSEAU naît à PARIS le 13 mars 1939. Dès 16 ans, il peint ses premières toiles, remarqué l’année suivante lors de sa première exposition en HOLLANDE. Commence alors une série d’expositions successives et interrompues, à MONACO, ALGERIE, IRLANDE, FRANCE, ESPAGNE, ITALIE, ETATS-UNIS, ARGENTINE, ISRAËL, INDE, BELGIQUE, COSTA RICA, MEXIQUE, CANADA, … Peintre d’Art contemporain, il est surtout connu comme peintre d’Art sacré.

 Pour peindre, il a besoin de se passionner pour un sujet, … et trouve alors l’inspiration.

tableau Lyon 1

 Pour des raisons personnelles, il affirme : « La donation de mes œuvres est mon testament. » En effet, depuis 1987 le peintre Jean-Pierre ROUSSEAU ne cesse de faire don de ses tableaux, au total plus de 300 !

Tableau P.Rousseau

 Il est un peintre aventurier et profondément libre, voire même volontiers rebelle, d’où ses innombrables périples, son tour du monde, son bateau, ses aventures, parfois hasardeuses voire dangereuses. Actuellement, il habite, en HAUTE-LOIRE, mais demain ailleurs, … pourquoi pas le CAP HORN ?

 Les soldats le fascinent par leur engagement radical. Il s’est intéressé aux Marines américains, aux Alpini italiens.  Il a par ailleurs connu plusieurs personnalités légionnaires à la Principauté de MONACO, mais il a aussi côtoyé des légionnaires pendant la guerre d’ALGERIE. Rien de très étonnant donc, s’il s’intéresse aujourd’hui aux Légionnaires.

Pour peindre sur le thème de CAMERONE, il a eu besoin d’en connaître davantage, d’où sa requête d’informations préalables, mises à sa disposition.

 Le Peintre Jean-Pierre ROUSSEAU remet au Général MAURIN, Président de la FSALE, son tableau ‘’CAMERONE’’, comme cadeau à la LEGION ETRANGERE, en hommage à ses morts et ses blessés. Le texte écrit au dos du tableau de CAMERONE exprime bien son admiration et sa proximité des légionnaires : « Peindre un tel sujet fut pour moi un honneur, cela m’a pris aux tripes, je n’en suis pas sorti indemne ; l’Artiste que je suis est entré dans la bataille avec ses seules armes, ses pinceaux.

En réalisant cette œuvre, une question ne cessait de me hanter :

- aurais-je moi aussi donné ma vie à CAMERONE ?

- en aurais-je eu le courage ?

- Je voudrais que Oui, il ne peut en être autrement. Et pourtant cette interrogation me hantera jusqu’à ma mort.

Merci à toutes les âmes de ces héros de m’avoir accompagné durant ce voyage initiatique. »

 Touché par la venue prochaine du Général MAURIN, il donne également son tableau ‘’DIEN BIEN PHU’’, peint très récemment à cette intention, pour ajouter encore à son geste généreux initial.

 Le Peintre Jean-Pierre ROUSSEAU exprime au Général MAURIN sa motivation par ses quelques mots. « Monsieur le Général MAURIN, monsieur le Lieutenant-colonel FAVROT, messieurs les légionnaires, merci de me recevoir parmi vous aujourd’hui. C’est pour moi un très grand honneur.

Je me présente : artiste peintre, aventurier, écrivain, marin, navigateur en solitaire, ni drogué ni alcoolique.

Je commencerai par deux citations. ‘’Le monde est dangereux, non à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire.’’ Albert ENSTEIN. Une autre, du Président John Fitzerald KENNEDY ‘’  Ne te demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, mais ce que tu peux faire pour ton pays.’’

Maintenant, les raisons de ma présence ici.

Cela commence aux Etats-Unis, en Californie. Je suis en plein vernissage de mon exposition. La nuit est tombée ; fatigué, je décide de sortir prendre l’air. Là, dans le renforcement d’une porte, j’aperçois un homme, unijambiste, sur chaise roulante, habillé d’un vieil uniforme. Derrière lui, planté sur le dos de sa chaise, un drapeau américain. C’est un vétéran. A côté de lui, un vieux caddy de supermarché, rouillé, dans lequel, au-dessus de quelques affaires, sa fortune, quelques canettes en aluminium, écrasées. Repas du soir probablement, car ces canettes, ramassées dans le caniveau lui étaient échangées 17 cents chacune, sa survie. Les effluves de champagne qui étaient encore dans mes poumons se sont enfuies, indignées. Je fouillais dans ma poche et ne découvrais qu’un modeste billet de 5 dollars. Je m’approchais pour le lui tendre. C’est alors qu’il mit ses bras devant lui comme si je l’avais frappé. Ce triste spectacle m’a profondément marqué, et peut expliquer ce qui va suivre.

La galerie dans laquelle j’exposais a fermé à la suite du décès de sa propriétaire. J’ai alors décidé de quitter les Etats-Unis et de rentrer en France. J’avais toujours en mémoire l’image de ce vétéran, abandonné à son sort. Avant de partir, j’avais à ma disposition environ 150 tableaux. Le travail de plusieurs années. Alors j’ai contacté une journaliste, je lui ai raconté la rencontre avec ce vieux vétéran. Je lui ai dit : ‘’J’ai ici 150 tableaux. Prenez-les, vendez-les au profit des blessés de guerre.’’ Le résultat fut stupéfiant. Ils ont pris les tableaux, trouvé des sponsors pour encadrer ceux qui ne l’étaient pas, et organisé une vente aux enchères à SAN DIEGO et HOLYWOOD. Ils ont réuni 2.200.000 dollars. Je n’ai pas assisté à la vente, j’avais tourné la page ! Et ce vétéran, dans son fauteuil roulant, n’allait plus hanter mes nuits.

Maintenant, revenu en France, j’envisage de faire quelque chose pour la Légion Etrangère. Le Général MAURIN a compris, je pense, l’esprit qui m’anime.

Je fais aussi cela pour que le dernier jour de ma vie, je puisse fredonner la chanson d’Edith PIAF ‘’Non, rien de rien, non je ne regrette rien. !’’

Merci au Général MAURIN, au Lieutenant-colonel FAVROT, de m’avoir accueilli ici aujourd’hui, ainsi que tous ceux qui sont ici pour me recevoir.

Merci pour ce que vous êtes, Légionnaires ! »

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 Le Général Jean MAURIN lui répond :

« Tout d’abord, pour répondre à votre question, inscrite sur le revers de votre tableau CAMERONE : ‘’Aurais-je été à la hauteur ?’’. Moi, je vous dis oui. Parce que chaque légionnaire a été à la hauteur. Si vous aviez été légionnaire en 1863, vous auriez été à la hauteur. Et tous les légionnaires qui sont ici disent la même chose. Des CAMERONE, il y en a eu d’autres : au cours de la 1ère guerre mondiale, de la 2ème guerre mondiale, plus récemment au cours de la guerre d’Algérie, au 2ème Etranger, à BENI SMIR, avec le sergent-chef SANCHEZ qui a tenu avec son groupe, sur un piton isolé face à une grosse attaque de rebelles fellagha ; félicité plus tard, il répond ‘’nous avons fait notre boulot’’. Si donc vous aviez été légionnaire, vous auriez été à la hauteur. Vous faites votre boulot comme peintre, remarquablement, et je vous en remercie.

Je veux aussi vous remercier, vous tous qui êtes ici présents, les anciens, le lieutenant-colonel FAVROT qui représente la Légion d’active, que ce geste de générosité touche beaucoup. Il nous touche profondément, tous les légionnaires ici présents le reconnaîtront, parce que CAMERONE est l’acte fondateur, même si la Légion avait déjà des années derrière elle. C’est CAMERONE qui a fait qu’il y ait eu d’autres CAMERONE par la suite. Il y a toujours cette foi dans la Légion Etrangère, la fidélité à la parole donnée, ce qui fait le supplément d’âme légionnaire. C’est pourquoi nous y sommes très sensibles.

Il fallait que ce tableau reste chez les légionnaires, les anciens, et j’ai donc pensé à la MAISON DU LEGIONNAIRE, à AURIOL, qui va passer sous la tutelle de la Légion Etrangère. Le Lieutenant-colonel FAVROT, qui est directeur de la division ‘’Entraide et Solidarité’’ de la Légion Etrangère, va veiller tout particulièrement à ce que ce tableau reste dans la mémoire de tous les anciens légionnaires.

Ce qui est arrivé à votre vétéran américain, est aussi arrivé en FRANCE. Au début des années 1930, le Général ROLLET, le Père Légion, débarquant à MARSEILLE, découvre des anciens qui sont à la rue, alors qu’ils ont combattu pendant la 1ère guerre mondiale, la guerre du RIF, médaillés militaires. Il déclare ‘’on ne peut pas laisser ça !’’ Il acquiert donc à AURIOL le terrain où est aujourd’hui la MAISON DU LEGIONNAIRE. C’est le premier grand acte de solidarité pour les anciens légionnaires, même si en Afrique du Nord existaient déjà des capacités d’accueil. Pour votre histoire avec ce vétéran américain que vous avez rencontré d’une part, et d’autre part pour cette transmission à AURIOL entre la FSALE et la Légion d’active, cela ne pouvait mieux tomber qu’aujourd’hui pour que votre tableau CAMERONE aille à la MAISON DU LEGIONNAIRE.

Après avoir évoqué CAMERONE, je veux conclure sur l’autre grande fête de la Légion qui est NOËL. La Légion s’arrête le jour de NOËL, et toute la Légion d’active se retrouve, du légionnaire au général, autour des crèches, des camarades, pour marquer ce temps qui est aussi une fête de la famille, et qui fait que la famille légionnaire n’oublie pas et se recentre sur l’essentiel de ce jour. Alors permettez-moi, à quelques jours de Noël, de vous souhaiter un joyeux Noël ; pour les plus anciens, les souvenirs de beaux Noël légionnaires, sous le fanion vert et rouge, vous donneront un peu de baume au cœur pour ce Noël 2025, pour les joies familiales de la famille légionnaire, cette fête étant la plus ‘’lénifiante’’ pour les légionnaires  comme le disait en son temps le Général GAULTIER. A CAMERONE, la Légion accueille des invités ; à Noël, il n’y a pas d’invités, les légionnaires sont entre eux.

Merci encore, monsieur, pour tout ce que vous faites pour nous. Pour revenir à mes premiers mots, vous auriez été à la hauteur, et le jour où le Bon Dieu viendra vous chercher, vous pourrez dire ‘’Non, rien de rien, non je ne regrette rien.’’

 

Le tableau DIEN BIEN PHU du Peintre Jean-Pierre ROUSSEAU est remis par ailleurs au Général COMLE qui saura lui trouver la place qui conviendra le mieux, au Quartier VIENOT, la MAISON MERE de la Légion Etrangère.