LA PLUME SERGENT-MAJOR
C’est une invention hollandaise introduite au XVIIe siècle à Port-Royal, venant des Pays-Bas où les jansénistes[1]avaient des correspondants, et répandue en Angleterre à partir du milieu du XVIIIe siècle, la plume métallique se répand en France dans le courant du XIXe siècle, supplantant l’usage de la plume d’oie.
Créé en 1776 par le roi Louis XVI, le sergent-major correspond, dans l’infanterie, au grade le plus élevé de ce qu’on appelait à l’époque les « bas-officiers », soit nos actuels sous-officiers. Au sein de la compagnie, il tient un rôle spécifique : il est à la fois le comptable et le responsable administratif. Jusqu’en 1870, ce grade constitue un véritable ascenseur social : c’est dans ce vivier de soldats d’expérience que sont sélectionnés les hommes destinés à devenir officiers. Le sergent-major jouit ainsi d’une réputation d’intellectuel parmi les hommes de troupe.
Cette renommée conduit alors les Établissements Gilbert et Blanzy-Poure Réunis à baptiser leur nouvelle plume métallique la « Sergent-Major », commercialisée à partir de 1856, à destination des maîtres d’école. Le contexte politique et patriotique de la guerre de 1870 et la perte de l’Alsace et de la Lorraine transforment vite cette nouveauté en outil de propagande.
Les instituteurs reçoivent des instructions pour l’utilisation de ce matériel au nom rappelant la volonté exemplaire déployée par les soldats pour la reconquête de l’Alsace et de la Lorraine après la guerre de 1870. Il s’agit alors d’exalter les vertus patriotiques dont on aura besoin pour la future revanche.
La plume Sergent-Major devient synonyme de victoire après la restitution de l’Alsace et de la Lorraine en 1919.
Présentées dans un emballage cartonné, fermé par un ruban tricolore, les boîtes sont décorées d’une image en couleur représentant une victoire des armées françaises.
Malheureusement, les années soixante et l’arrivée des stylos à bille condamneront la plume Sergent-Major à disparaître progressivement.
Quant à la fonction et au grade militaire de sergent-major, il sera définitivement supprimé en 1971.
Boîte de plumes Sergent-Major supérieures de la Société Gilbert & Blanzy-Poure © https://www.lecritoireparis.com

Boîte de plumes Sergent-Major de la Compagnie française – La mort de Duguesclin © wikipedia.org
LES AS
Rapportée par Pierre MAC ORLAN dans le journal la Baïonnette du 21 juin 1917
« Cette anecdote vraie, une des rares que je connaisse dans cette guerre, donne la mesure d'un As d'infanterie :
C'était avant l'attaque de Carency. La légion, qui devait attaquer à notre droite, cantonnait dans un petit village, à Camblain-l'Abbé. J'étais allé voir un de mes amis, Pierre Falké, sapeur au 10e génie, et dans la cour de la ferme où il était logé se trouvait une compagnie de la légion étrangère qui, justement, formait le cercle pour le rapport.
Ne pouvant traverser les rangs j'assistai à la scène suivante : Le capitaine, ses lieutenants derrière lui, parlait à ses hommes d'une voix calme, sans éclat, extraordinairement naturelle. C'était un homme d'une trentaine d'années, grand et maigre. Ses légionnaires étaient pour la plupart très jeunes.
« J'ai vu, leur dit-il, le colonel. Il vient de conférer avec le commandant. C'est donc entendu, nous allons attaquer dans trois ou quatre jours un point que vous connaissez bien. Il faudra être là à telle heure. Bien. Alors voilà ce qui va se passer : Je sortirai le premier de la tranchée, je serai tué tout de suite. J'ai pris mes dispositions avec mes deux lieutenants : le plus ancien commandera, il sera tué et l'autre aussi probablement. Mes sergents prendront le commandement à leur tour.
Le plus ancien, celui qui était avec moi à Saïda avant la guerre, emmènera la compagnie. Enfin, car ne vous faites pas d'illusion la distance à parcourir est longue, s'il ne reste plus de gradés - il éleva la voix - je pense qu'il se trouvera un légionnaire et ce légionnaire conduira ses camarades qu'au point X. À cet endroit ce qui restera de la compagnie organisera le terrain et attendra des ordres. Rompez les rangs ! »
Les « As » de l’infanterie française sont ainsi, quel que soit le régiment auquel ils appartiennent, et de même sont les « As » de l’artillerie comme ce très jeune lieutenant du régiment de Verdun qui, sa batterie détruite, ses servants et conducteurs morts ou blessés autour de lui, seul, à cheval dans la nuit tragique, au milieu du plus infernal tir de concentration, tendait le poing dans la direction de l'ennemi, clamant sa haine éperdument. »

L’As des As © la baïonnette – de Colombie
LE TOUR DE FRANCE
Rapportée dans le journal « La vie au grand Air » du 03 juin 1911
Le sous-lieutenant Ménard et le lieutenant annamite Do-Huu de la Légion étrangère, ont entreprit sur un nouvel appareil militaire Henri Farman un tour de France dont la première étape fut Châlons-Poitiers (en médaillon l’appareil en vol).

1894 – L’ADJUDANT RUCHONNET, OU LE RACHAT D’UN SOUS-OFFICIER
DANS LA RÉDEMPTION LÉGIONNAIRE
Dans une vie antérieure, il fut le maréchal des logis-chef Camuzet, condamné par contumace, en 1884, par le conseil de guerre du 15e corps d’armée, à la peine de vingt ans de travaux forcés pour faux en matière d’administration militaire.
Il prit alors la fuite, pour rejoindre la Suisse.
Peu de temps après, résolu à se refaire une virginité et à réhabiliter son honneur, il s’engageait à la Légion étrangère comme Suisse sous un nom d’emprunt.
Il fut envoyé au Tonkin, où il se conduisit en brillant soldat, cherchant la mort dans maintes rencontres, mais celle-ci ne voulut pas de lui.
Sa compagnie fut un jour chargée d’enlever un ouvrage fortement armé et vigoureusement défendu par trois cents Chinois armés de fusils à tir rapide. L’opération, hérissée de nombreuses difficultés, était, sinon impossible, du moins très périlleuse. La compagnie fut lancée à l’assaut de la position, qui fut rapidement enlevée.
L’ancien maréchal des logis-chef, alors caporal, s’était précipité en avant de ses camarades et avait eu l’honneur de pénétrer le premier dans l’ouvrage ennemi. Il reçut dans cette affaire une blessure à la jambe.
Cité à l’ordre de l’armée d’occupation du Tonkin, pour cette action d’éclat, il est, quelques jours après, nommé sergent, puis sergent-fourrier, sergent-major et enfin adjudant en 1887, pour être décoré la même année de la Médaille militaire.
Après cinq années au Tonkin, son détachement rentre en 1890 en Algérie, où l’adjudant Ruchonnet continue à se faire remarquer par son excellente conduite et sa façon exemplaire de servir.
Il vient ensuite en 1894, se présenter, plein de confiance, pour soumettre sa situation aux juges militaires.
Sa défense tient en ces quelques mots : « J’avais commis une faute grave ; j’ai essayé de l’effacer avec mon sang. »
Le conseil de guerre a jugé qu’il y était parvenu, et, après une chaleureuse plaidoirie de son avocat, a prononcé l’acquittement de l’adjudant Ruchonnet alias Camuzet.
Voilà une issue des plus favorables pour ce très brave sous-officier qui a su retrouver au sein de la Légion un sens à son engagement.

Maj (er)Jean-Michel HOUSSIN
Président de l'amicale des anciens de la Légion étrangère de Saône-et-Loire
[1] Le jansénisme est une doctrine théologique à l’origine d’un mouvement religieux, puis politique et philosophique, qui se développe aux XVIIe et XVIIIe siècles.