Louis est visiblement passionné, ce n’est pas nouveau et le constat s’impose chaque jour. Si d’aventure, il m’est demandé de définir mon ami, je dirai que ce qui le domine entre toutes choses, c’est la passion ou plutôt les passions que lui dictent sa ligne de conduite dans la vie en général et sa manière d’être en particulier.

Ses choix de vie sont dominés par trois grandes priorités : La famille, l’art et la "réflexion-discussion".

Après un débat animé sur la famille, comme d'habitude, au-delà du raisonnable, j’ai demandé à Louis de mettre sa manière de penser sur papier pour notre blog. Ce qu'il disait me touchait et j’appréciais surtout son verbe, haut en couleur, dominé et commandé par une justesse d'analyse impressionnante et néanmoins personnelle.

Bonne lecture et merci Louis.

Commandant er) Christian MORISOT

LA FAMILLE :

Comme tout un chacun, j'entends ici où là parler de la famille, du danger qui la menace et de sa fin prochaine. Il se trouve que le sujet m'intéresse car j'y suis viscéralement attaché. Je fais partie de ceux qui considèrent que la famille est un noyau intouchable. Il ne s’agit pas d'un refus aveugle à tout changement poussé par une idéologie. Mais, quiconque peut constater qu'au sein d'une entreprise, d'une association, d'un groupe etc., où la solidarité et la bonne ambiance règnent, la comparaison avec la famille est évoquée. Ne dit-on pas que la légion est une grande famille ? Donc la famille rassure, alors qui cherche à détruire un havre aussi rassurant ?


Il est vrai que la grande “smala” de mon enfance n'existe plus. Pourquoi La vie a changé? Pour comprendre objectivement ce changement, je me suis penché sur cette évolution, afin d'essayer de définir ce qu'est la famille de nos jours, en bref, un petit état des lieux.


Il est vrai que “ la vie a changé”. Notre cadre de vie est soumis aux mutations les plus rapides qui se soient jamais produites. Ce flot de changements et de nouveautés qui déferle sur nous se reprend dans nos entreprises, notre environnement, nos rapports sociaux, notre alimentation et s'infiltre dans notre vie privée où il expose la famille à des tensions sans précédent dans l'histoire de l'humanité.

“ La vie a changé” :  Une évolution vers la société de l'éphémère.


Dans le passé, la continuité était l'idéal. Un ouvrage devait durer dans le temps. Que ce soit la confection d'une paire de chaussures ou la construction d'une cathédrale, l'homme s'ingéniait à rendre son œuvre aussi résistante que possible. Il y était obligé, car il vivait dans une société qui connaissait peu de changement, dans laquelle chaque objet avait une fonction bien définie et la logique économique amenait à une politique de la permanence.


L'ère industrielle donne une accélération générale du rythme de l'évolution sociale et la politique de la permanence cède la place à l'économie du provisoire;
D'une part, les progrès technologiques nous amènent à remplacer les objets plutôt que de les réparer, c'est moins chère et plus rapide. Du point de vue économique, la fabrication d'objets bon marché et jetable après usage, est un choix rationnel.
D'autre part, les progrès de la technologie permettent un progrès constant de l'objet. La cinquième génération de téléphones portables est meilleure que la quatrième. Comme on peut prévoir que la science et la technique amèneront des améliorations, il est plus sage économiquement parlant, de construire pour une durée limitée et de ce fait la sixième génération de téléphones portables remplacera très rapidement la cinquième.


Finalement, l'évolution s'accélérant, il devient souvent difficile d'imaginer les besoins de demain. Conscient de l'inéluctabilité du changement, mais ne sachant pas trop à quelles exigences nous devrons faire face, nous évitons d'engager des moyens importants sur des objets non modifiables. Aussi, les objets deviennent jetables ou adaptables voir modulables. Dans l'armée on connait bien les modules.

L'essor de la société dite de consommation et du tout jetable est une réaction à ces pressions irrésistibles. L'homme doit donc s'adapter à cette poussée générale vers l'éphémère qui rend les objets périssables et son comportement évolue peu à peu vers un rapport de plus en plus bref avec les choses et, par voies de conséquences, avec le monde et les êtres qui l'entourent.

 “ La vie a changé” : Un changement trop rapide. 


L'esprit de cette société “kleenex” agit dans notre vie de tous les jours ; des produits que nous achetons et que nous jetons, certes, mais aussi des endroits que nous quittons, des gens qui traversent notre vie à une allure de plus en plus rapide, dans l'amitié et la famille. 


Cet esprit est un vent de changement ultra-rapide, un mistral si puissant qu'il bouleverse nos institutions, ébranle nos valeurs et s'attaque à nos racines.

L'accélération du changement a été, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, une force de premier ordre. Cette poussée vers l'avant a eu des conséquences tant personnelles et psychologiques que sociologiques. En ce début du XXI° siècle, si nous n'apprenons pas à contrôler le rythme du changement dans nos vies personnelles comme dans la société dans son ensemble, nous serons voués à une crise d'adaptation collective. Car le plus souvent, ce n'est pas le changement en soit qui gêne, mais son rythme, il a en lui-même des conséquences parfois plus importantes que la direction à suivre.


Jadis les métiers évoluaient lentement, un père transmettait son savoir à son fils qui lui-même, après quelques variantes, le transmettait au sien. Actuellement, les métiers changent profondément, certains disparaissent et d'autres naissent. Prenez par exemple, un clin d'œil pour notre revue Képi Blanc, l'apprenti imprimeur des années soixante-dix qui tape ses textes sur une inter type qui compose des lignes-blocs en plomb. La décennie suivante il se recycle sur la photocomposeuse qui les sort sur film et la suivante sur l'ordinateur qui lui-même évolue tous les trois ans en moyenne, cet homme n'est pas encore à la retraite qu'il a changé radicalement la manière d'exercer son métier.


Même la famille plie, tel le roseau, sous ce violent mistral du changement. Elle fût surnommée “le grand pare-chocs de la société”, car elle était, et reste encore, le sanctuaire où les êtres meurtris reviennent après avoir livré bataille au monde, le point stable et rassurant dans un monde en mouvement. Dans cette période de crise, la solidarité familiale joue encore ce rôle. Cependant, l'industrialisation à outrance a mué en “industrie mondialisée” et cette mondialisation, globalisation voire uniformisation met la “famille-pare-chocs” à rudes épreuves.

“ La vie a changé” : La famille est élaguée.


Autrefois, la famille typique comprenait de nombreux enfants, mais aussi toute une série de parents, grands-parents, oncles, tantes et cousins, en bref, la smala dont je parlais plus haut. Ces familles “étendues”, adaptées au rythme lent des sociétés agricoles, sont difficiles à transporter, elles sont immobiles.
L'industrialisation exigeait des masses de travailleurs à même de se déplacer chaque fois que la nécessitait s'en présentait. Aussi la famille s'est-elle progressivement libérée des poids inutiles pour donner naissance à la famille “élémentaire”, simplifiée à l'extrême, comprenant le couple et ses nombreux enfants. Ce noyau de style nouveau est mobile, il devient le modèle standard parce qu'il est adapté à la société industrielle.


Au stade suivant de l'évolution, “l'industrie mondialisée” exige une mobilité plus grande et l'on voit se répandre la famille “light”, un enfant voir deux. Cependant il apparait déjà des familles volontairement réduites à ses composantes fondamentales, un homme et une femme. En général, deux personnes exerçant des carrières parallèles et aux déménagements multiples qui se trouvent parfois en situation de “célibat géographique”. Cette situation de “célibataire géographique” se trouve également dans des familles traditionnelles, plus lourdes à transporter.


Les hommes et les femmes d'aujourd'hui sont souvent déchirés entre leurs carrières et leurs désirs d'avoir des enfants. Une solution de compromis consiste à repousser à plus tard la mise au monde des enfants plutôt que d'y renoncer complètement. Certains attendent d'arriver au bout de leurs carrières pour avoir des enfants, car la science permet de dissocier la maternité de sa base biologique, seul le respect de la tradition, ou le choix personnel, justifie d'enfanter quand on est jeune. La famille commencerait - elle à l'âge de la retraite ?

Capitaine (er) Louis Perez Y Cid