Oueah, qui s'écrit aussi Weah est une petite ville de la république de Djibouti où était implantée l'escadron de reconnaissance de la 13ème Demi-Brigade de la Légion Etrangère.
Située à 40 kilomètres à l'Ouest de la capitale, elle surplombe la route nationale 1 qui relie Djibouti-ville à l'Ethiopie.
A l'époque du récit qui suit, en contrebas de la ville d'Oueah, les Forces françaises stationnées entretenaient un poste militaire constitué d'un escadron de la Légion, le poste "Bruno de Sairigné".
En plusieurs phases, Alviero FEDELI nous offre une page d'histoire de la Légion, un régal qui sent bon le sable chaud...
Commandant (er) Christian Morisot
Note de l'auteur: Ce récit est basé sur des faits réels, toute ressemblante avec des situations et des personnages existants ou ayant existé n’est absolument pas fortuite. Les noms ont toutefois été changés pour, d’une part préserver l’anonymat si important dans l’institution légionnaire, et d’autre part laisser à chacun des acteurs et des lecteurs le plaisir de deviner qui peut bien se cacher derrière chaque pseudonyme. Merci à tous ceux qui par leurs confidences et souvenirs ont permis de reconstituer cette belle page de la petite histoire de l’escadron de reconnaissance de la 13e demi-brigade de Légion étrangère.
PHASE 2: le plan s’ébauche
Dans les jours et les semaines qui suivirent une grande agitation s’empara des membres du peloton de commandement de l’escadron. Au niveau des gradés : réunions avec le chef du casernement, liaisons sur Gabode pour mettre au point les plans et voir l’aide, officielle et officieuse, que l’on pouvait espérer du régiment, invitations à déjeuner des responsables des différents « cordons de la bourse » pour les convaincre du bien fondé du projet… Au niveau des légionnaires : traçage du gabarit des fondations sur la place d’armes et destruction du toit de la piscine. Les blocs de béton provenant de ce chantier furent stockés en prévision du nécessaire arasement du socle du futur lieu de rassemblement.
Cette destruction fut un véritable travail de titans, qui à lui tout seul mériterait que l’on lui consacrât un livre. Construit en « dur » par le casernement du corps, le toit était constitué d’une dalle en béton armée de près de 15 centimètres d’épaisseur. Il devait être rasé car, les intempéries aidant, des gros blocs de béton s’en étaient détachés et étaient tombés dans la piscine. A l’heure où une dizaine de bambins barbotaient dans l’eau, cela avait provoqué des éclaboussures jusqu’à l’état-major ! Le génie avait effectué des appels d’offre, mais les prix demandés par les entreprises civiles étant exorbitants, il avait décidé de confier à la Légion la destruction du monstre qu’elle avait construit. Perché à près de quatre mètres de hauteur, le personnel du casernement auquel s’ajoutaient parfois des punis, maniait masses et pioches pour découper des morceaux de béton ni trop gros, ni trop petits.
Devant la résistance et la solidité, typiquement légionnaires, de l’ouvrage l’adjudant Graziani appela son camarade de la 2e compagnie de travaux : « Salut Benoît, j’aurais besoin de tes services. Tu sais, le toit qu’il nous faut descendre pour Noël ? Eh bien, il est plus solide qu’il n’y paraît. A part l’explo, je ne vois pas comment le détruire. Bien entendu, il est hors de question d’employer cette méthode. Quoi que … Blagues à part, peux-tu faire quelque chose pour m’aider ? Evidemment, c’est à charge de revanche. ».
« Te bile pas, Graziani. J’ai ce qu’il te faut. Seulement il faudra que tes gars apprennent à s’en servir parce que je ne peux pas te donner les servants. Ça a l’air facile, mais c’est plus compliqué qu’il n’y paraît. Je viens dimanche avec l’engin. Tu me rassembles deux ou trois jeunes et je leur en explique le maniement ; ça te convient ? »
« Ok, mon pote, ta bière et ton repas sont déjà réservés ! Merci et à dimanche. »
Le dimanche à 8H00 du matin un compresseur et un marteau piqueur arrivèrent à l’escadron. L'adjudant Benoît fit l’instruction à deux brigadiers-chefs du casernement et à Graziani, au cas où. Plus tard, pendant qu’ils sirotaient une bière en attendant de passer à table, Benoît précisa : « Ce n’est pas tant la manipulation de l’engin qui me préoccupe, c’est plutôt l’état de la dalle. Si un bout de béton se détache du bord avec un bonhomme dessus… A quatre mètres du sol ça peut être dangereux. Il a aussi le bruit : avec ce vacarme il est difficile de se faire entendre et ce n’est pas pratique pour passer des ordres ou lancer des avertissements. Peut-être faut-il mettre des barrières tout autour du toit pour éviter de s’approcher du bord. Enfin, tu verras bien. »
Cette prédiction ne manqua pas de se réaliser quelques jours plus tard. Le brigadier-chef Auguste, préposé au déblaiement des morceaux décrochés par le marteau piqueur, recula sans s’apercevoir qu’il arrivait au bord du toit. Casqué pour amortir le hurlement du compresseur et le vacarme du marteau piqueur, il n’entendit pas la mise en garde pourtant criée à pleins poumons par l’adjudant et il chuta du haut du bâtiment.
La chute ne provoqua que quelques contusions bénignes mais aurait pu se révéler bien plus grave car Auguste était tombé à quelques décimètres de deux fers à béton sur lesquels il aurait pu s’empaler. Après s’être occupé de l’évacuation du blessé et du compte-rendu, fortement édulcoré, au capitaine, Graziani, dut s’octroyer une bonne dose de pastis pour se remettre de ses émotions. « Encore quelques coups comme-ça et je vais attraper des cheveux blancs. Des cheveux blancs ou alors un gros nez rouge ! » se lamenta-t-il au gérant du mess venu l’assister dans la difficile épreuve de l’apéritif.
Après la prise d’armes de la saint Georges, le 24 avril 1987, les travaux sur la place de rassemblement purent réellement commencer.
A suivre...