Mes chers amis,


Avant-hier, jeudi 31 juillet, la Délégation Sud-ouest de la FSALE a rendu hommage au Chef de Bataillon Bernard Cabiro au cimetière de Mont-de-Marsan, à l’occasion du 32ème anniversaire de sa disparition.


Cinq amicales étaient présentes, dont quatre avec leurs drapeaux respectifs : l'AALE 40, amicale d’accueil, l’AALE 47, l’AALE 64 et l’AALE 65. L’AALE 33 était représentée par l’infatigable et ô combien fidèle Capitaine ESTOUP, camarade de combat et d’aventure du « Cab », l’Adjudant Dominique KARINE, également Délégué pour le Sud-ouest de l’AALP, ainsi que par le Chef de bataillon (ER) Michel Caillaud.


Le Lieutenant-colonel Francis de Montaigne, initiateur de ce rituel annuel en qualité de Président de l’amicale des brevetés parachutistes militaires des Landes, co-présidait la cérémonie. Monsieur Philippe Mailhot, Délégué général du Souvenir Français pour les Landes, avec son drapeau, ainsi que le Capitaine de Frégate (H) Jean-Louis Hoursiangou, Président de l’association des membres de l’Ordre national du mérite pour les Landes, nous ont fait l'amitié de leur participation.


Quelques épouses, ainsi que Marie-Françoise Caillaud, fille du Général Caillaud, s’étaient également jointes à nous.


Enfin, et je dirais presque surtout, Monsieur Olivier Cabiro, fils du « Cab », nous a fait l’honneur de sa participation, ainsi, comme évoqué plus haut, que le CBA (ER) Michel Caillaud accompagné de sa sœur, Marie-Françoise, enfants du Général Robert Caillaud, camarade de combat du CBA Cabiro et ami intime de celui-ci.


La cérémonie, comme chaque année, fut sobre mais empreinte d’une grande ferveur et d’une perceptible émotion. J’ai prononcé l’évocation que vous trouverez en pièce jointe, puis, une gerbe fut déposée sur la sépulture du Commandant par le Vice-président de l’AALE 40 et le LCL de Montaigne. Après « au mort » et une minute de silence, nous avons entonné « La Marseillaise » suivie du chant du 2ème REP.

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A l’issue, Monsieur Olivier Cabiro conviait l’ensemble des participants pour un rafraichissement fort bienvenu, offert par Madame Mireille Cabiro, épouse du Commandant, présente par la pensée mais qui n’avait pu se joindre à nous pour raisons de santé.

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Je tiens à remercier ici l’Amicale des Landes et mon camarade et ancien Francis de Montaigne pour la parfaite organisation de cet événement, ainsi que vous toutes et tous qui avez fait l’effort, un 31 juillet, de vous rendre disponibles. Ma reconnaissance va bien évidemment également à Monsieur Olivier Cabiro pour sa participation, et à sa Maman pour sa générosité, ainsi qu’à Michel et Marie-Françoise Caillaud pour leur bien amicale présence, qui m’a particulièrement touché pour les raisons qu’ils savent.

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Vous trouverez, ci-joint, quelques photos de l’événement, et je remercie vivement le photographe qui se reconnaîtra.


Beau et bon mois d’août, mes chers amis.


Croyez à ma bien fidèle amitié,


Général (2S) Henry Clément-Bollée,

Vice-président et Délégué régional de la FSALE pour le Sud-ouest

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Evocation du Chef de Bataillon Bernard CABIRO

 

Mont-de-Marsan, le 31 juillet 2025

 

Chers amis, 

 

Nous voici rassemblés ce soir, à Mont-de-Marsan, pour évoquer, comme chaque

année, à l’initiative du LCL Francis de MONTAIGNE que je remercie

publiquement, la mémoire du Chef de Bataillon Bernard CABIRO, haute et

noble figure de notre si chère Légion étrangère.

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Ce sera, aussi, l’occasion d’avoir une pensée pour celles et ceux qui l’ont

côtoyé ou accompagné au cours de son pèlerinage terrestre. Je pense bien sûr,

tout d’abord, à son épouse qui ne peut plus se joindre à nous mais qui, en ce

moment, s’associe par l’esprit à l’hommage que nous rendons à son mari.

 

Il y a un peu moins de deux mois, à Gan, nous avons évoqué la mémoire du

Lieutenant-colonel Georges Masselot et du Capitaine Antoine Ysquierdo.

Aujourd’hui, 31 juillet 2025, soit 32 années, jour pour jour, après sa mort, la

Fédération des Sociétés d’anciens de la Légion étrangère et l’Association

Landaise des parachutistes brevetés militaires, s’unissent pour honorer la

mémoire d’une autre figure légendaire des unités parachutistes et de la Légion

étrangère, le Chef de bataillon Bernard Cabiro.

 

Notre hommage, humble et intime, mais ô combien fervent, s’honore cette

année de la présence de Monsieur Olivier CABIRO, fils du Commandant qui a

tenu à se joindre à nous et nous l’en remercions vivement. Je veux aussi citer

celle du CBA (ER) Michel CAILLAUD, accompagné de sa sœur Marie

Françoise, enfants du Général Robert CAILLAUD, autre légionnaire

parachutiste de légende, camarade de combat du CBA CABIRO et ami intime

de celui-ci. Je vous expliquerai tout à l’heure, dans un cadre moins solennel,

pourquoi leur présence m’est particulièrement chère.

 

Natif de Mont-de-Marsan le 7 août 1922, son patriotisme chevillé au corps et

son fort tempérament entraînent le jeune Bernard CABIRO, après quelques

actes isolés de résistance en France occupée, plusieurs tentatives échouées de

rejoindre Londres et quelques semaines de prison en Espagne, à s’engager

volontairement en 1943, en Afrique du Nord, au 8ème Régiment de Tirailleurs

marocains. 

 

Avec son régiment, il participe à la Campagne d’Italie, pendant laquelle il est

déjà deux fois cité au combat et nommé Caporal-chef en mai 1944. En

septembre, il débarque en Provence et, pendant la Campagne de France, il

effectue la marche triomphale de « l’armée de Lattre » vers l’Alsace. Elle

s’achève pour lui dans le Haut-Rhin, où il est blessé au cours des combats pour

la libération de Thann.

 

L’engagé volontaire ayant fait ses preuves sur le terrain, Bernard Cabiro,

accepte alors d’être transféré à Cherchell, où s’est repliée temporairement

l’école d’officiers de Saint-Cyr. Il avait jusqu’alors refusé cette option, que lui

autorisait son niveau d’étude, pour rester opérationnel. Un an plus tard, il quitte

Cherchell comme sous-lieutenant de réserve et, volontaire pour servir à la

Légion étrangère, il rejoint Sidi-bel-Abbès le 6 août 1945.

 

Le 6 février 1946, il débarque en Indochine avec son unité, le jeune 2e régiment

étranger d’infanterie créé le 1er janvier 1946. Sur place, il s’emploie à pacifier

la région du Sud-Annam. La tâche est ingrate mais le Sous-lieutenant Cabiro y

mérite deux nouvelles citations. Entre coups de mains et ratissages « policiers »,

le jeune chef de section s’aguerrit.

 

Débarqué à Haîphong le 7 décembre 1946, il est chargé d’y rétablir la liaison

avec Hanoï. Le Sous-lieutenant Cabiro s’illustre le 31 décembre 1946 en faisant

tomber An Thaï. Ce coup de main lui vaut la croix de guerre TOE avec palme.

Un mois plus tard, il prend plusieurs blockhaus « viet » à Phu Tao, et obtient

une nouvelle citation à l’ordre de la division. De nouveau, il sera cité pour la

défense de son poste à Dong Phu, face à un ennemi en surnombre, le 15

septembre 1947. Sa promotion au grade de Lieutenant d’active à titre définitif,

en septembre 1947, est alors unanimement saluée par tous ses pairs. De retour

dans le secteur de Hai Duong, il mérite une nouvelle citation à l’ordre de

l’armée pour avoir déjoué une embuscade ennemie sans perdre un seul homme.

En fin de séjour, à bord de son véhicule, il saute sur une mine et reste aveugle

une quinzaine de jours. A sa sortie d’hôpital, le 1er avril 1948, rétabli, il apprend

sa nomination au grade de chevalier de la Légion d’honneur. Au terme de son

premier séjour en Indochine, avec 9 citations sur la poitrine, Bernard Cabiro

s’est forgé un surnom : le « Cab » !

 

De retour à Sidi-bel-Abbès, le Lieutenant Cabiro se porte volontaire pour servir

au 2e Bataillon étranger de parachutistes nouvellement créé à Sétif. En février

1949, il est de retour en Indochine pour un deuxième séjour. Après plusieurs

coups de mains avec la 3e compagnie du 2ème BEP, il se voit confier le

commandement de la 2e compagnie. En janvier 1950, aéroporté à Dong Hoi

puis Phuoc Long, il porte secours à la 1ère compagnie prise d’assaut par un

ennemi très supérieur en nombre. Entre le 28 mars et le 6 avril 1950, à Tra

Vinh, sa compagnie harcèle l’ennemi, lui reprend des armements, et culbute les

« viets ». En septembre 1950, le commandement ayant décidé l’évacuation des

troupes françaises des régions de la RC4, la compagnie aéroportée du

Lieutenant Cabiro protège les convois et s’illustre encore face aux résistances

ennemies. L’aura du « Cab » redonne le moral aux éléments éprouvés.

 

En fin de séjour, avec deux nouvelles citations et une promotion au grade

d’officier de la Légion d’honneur, Bernard Cabiro est nommé Capitaine à titre

exceptionnel le 2 janvier 1951. Il devient l’un des plus jeunes capitaines de

Légion de son temps. Il quitte à nouveau l’Indochine le 8 mars 1951.

 

Après quelques mois en Algérie à la compagnie d’instruction du 3e BEP, il

obtient un poste de commandement dans le secteur de Batna, agité par le FLN.

Mais rapidement, le Capitaine Cabiro est à nouveau volontaire pour servir une

troisième fois dans une Indochine désormais sérieusement mise à mal.

 

Affecté au 1er Bataillon étranger de parachutistes en juin 1953, il est chargé

jusqu’en août 1953 de créer une base aéroterrestre au Laos, sur le site du port de

Seno afin d’assurer une route fiable vers la Cochinchine. Transféré dans le Sud

Annam, le 21 novembre 1953 il saute avec le 1er BEP sur Diên-Biên-Phu

accompagné du 6e Bataillon de parachutistes coloniaux de Bigeard et du 8e

BPC de Touret. Chargés de la reconnaissance des alentours et du recueil des

unités de la région de Lai Chau, ces trois bataillons forment le 1er groupement

de parachutistes et voient, avant les autres, se dessiner la grande entreprise

française prévue dans la cuvette.

 

Après trois mois, l’étau Vietminh se resserre. Le 5 mars 1954, un canon menace

le camp retranché sur la côte 781. A la tête de sa 4e compagnie, le capitaine

Cabiro monte à l’assaut. Il est grièvement blessé aux deux jambes.

Rapatrié vers la France, il ne verra pas la suite des combats et quittera

définitivement l’Indochine, la mort dans l’âme.

 

Il faudra douze opérations chirurgicales, plusieurs mois d’hôpital et les soins

précieux d’une certaine infirmière, Mireille Vendéol, qu’il épousera le 2 juin

1955 à Orléans, pour remettre sur pied le Capitaine de Légion. Puis, du 1er août

au 30 novembre, il devient aide de camp du ministre de la Défense, le Général

Koëning. Ce n’est qu’en 1956 qu’il sera de nouveau déclaré apte à faire

campagne.

 

Pourtant la reprise des combats est difficile pour lui. Transféré au 20e Bataillon

de chasseurs portés, il suit un temps son unité en Algérie. Mais rapidement sa

blessure l’oblige à un retour à Paris. S’ensuit un poste de commandement

temporaire à la 5e Division Blindée stationnée à Landau, en Allemagne, et,

enfin, il est autorisé à rejoindre l’Afrique du Nord.

 

Formé au centre d’instruction de pacification et de contre-guérilla d’Arzew, et

promu chef de bataillon le 1er octobre 1958, Bernard Cabiro est muté à l’état

major du 2e Régiment étranger de parachutistes stationné à Philippeville. Dans

l’est algérien, les Aurès et les Nementchas, le régiment déploie d’énormes

efforts pour des résultats décevants face à un ennemi insaisissable et fuyant.

Après un bref séjour à la frontière avec le Maroc, au cours duquel il reçoit la

cravate de commandeur de la Légion d’honneur le 30 juin 1960, le régiment

rentre à Philippeville. L’unité souffre d’une défiance grandissante de la part des

autochtones. Son chef de corps, le Colonel Darmuzai, peine à imposer son

autorité. Les popotes sont agitées et même l’état-major du régiment s’avoue

décontenancé par la situation. Alors que, dans ces conditions, le « Cab »

demande des ordres pour briser la torpeur, rien ne bouge et la situation s’enlise.

Le 22 avril 1961, de retour de mission, il constate le départ imminent de deux

compagnies du régiment pour Alger, où les généraux Challe, Zeller et Jouhaud

viennent de prendre le commandement militaire avec l’aide du 1er REP en

particulier. Perplexe, il décide de ne pas s’enflammer et ne cède pas à ses

hommes qui le poussent à rejoindre Alger. Au Capitaine Bernard Amet, qui lui

demande sa position personnelle face au putsch, il répond : « Très sincèrement,

je pense que c’est une connerie, mais c’est la dernière chance de l’Algérie

française ».

 

Rassemblés par le Colonel Darmuzai, les officiers du 2e REP, Bernard Cabiro

en tête, sont troublés par la dernière phrase de leur chef de corps : « Demain,

vous recevrez des ordres, ensuite vous pourrez choisir ». Le Colonel vient,

maladroitement ou malicieusement, d’ouvrir une porte… et ses officiers s’y

engouffreront, inéluctablement.

 

Ainsi, lorsque vers 1 heure du matin, le Capitaine Amet réveille le Commandant

Cabiro chez lui, le régiment est déjà en tenue de campagne dans les véhicules.

Le « Cab » suivra, mais soulignera deux choses à ses hommes : « La première,

c’est toujours le Colonel Darmuzai qui commande le régiment, la seconde, je

n’ai pas du tout apprécié la façon dont j’ai été placé devant le fait accompli ».

 

Le putsch avorte le 25 avril. De retour à Philippeville, le Chef de bataillon

Cabiro, commandant en second le 2ème REP, est mis aux arrêts par le Colonel

Darmuzai puis transféré en métropole. Alors que le « Cab » quitte le Fort de

l’Est, il est salué par le gratin des troupes aéroportées emprisonné avec lui, et il

est conduit à la prison de la Santé, à Paris.

 

Traduit en justice, Bernard Cabiro, au terme d’une délibération assez longue, est

finalement déclaré coupable d’une « prise de commandement sans ordre

légitime » et condamné à un an de prison avec sursis. Il est alors contraint de

quitter la Légion et l’Armée française qu’il a si bien servies. Sa tumultueuse

carrière se termine en prison, comme elle avait commencé 18 ans plus tôt…

 

Discret, Bernard Cabiro le reste durant les 17 années suivantes. Il se consacre à

sa famille et à sa ville de Mont-de-Marsan, dont il est longtemps l’adjoint au

Maire. C’est fin août 1978 qu’il reçoit un appel du général Goupil, COMLE, qui

le félicite le premier pour son élévation à la dignité de Grand officier de la

Légion d’honneur. Il reçoit sa plaque des mains de la Légion, à Calvi le 24

septembre 1978. Enfin, suprême honneur, il est choisi l’année suivante pour

porter la main du capitaine Danjou lors des cérémonies de Camerone, le 30

avril 1979.

 

Le Chef de bataillon Bernard Cabiro décède le 31 juillet 1993 à Mont-de

Marsan.

 

Fidèle jusqu’au bout à la devise de la Légion étrangère, le « Cab » aura choisi,

« pour l’Honneur » et par Fidélité à la parole donnée, la rébellion et

l’engagement irréversible pour une cause qui lui tenait à cœur, mais qu’il

devinait perdue.

 

Malgré l’ardeur de son tempérament et la puissance de ses convictions, sa

clairvoyance, sa lucidité et sons sens aigu des responsabilités ont permis au

2ème REP d’éviter le sort tragique de son frère aîné.

 

Ses vingt années de guerre ininterrompue au service de la France, ont valu au

Commandant Cabiro, comme chef d’abord, comme combattant ensuite et

comme homme, une solide réputation. Adoré et adulé par ses légionnaires, aimé

et estimé par ses pairs, respecté et parfois craint par ses supérieurs, « le Cab »

fut dix-huit fois cité au combat, dont sept fois à l’ordre de l’Armée. C’est avec

son sang, son courage et son inébranlable foi en sa Patrie que le Chef de

bataillon Bernard Cabiro aura inscrit son nom au Panthéon des parachutistes et

de la Légion étrangère.

 

Celle-ci, qu’il a si bien servie, ne l’oublie pas. Notre présence ici, au jour

anniversaire de sa mort, en atteste.

 

C’est pourquoi, Mon Commandant, ce soir, au nom du Général Jean MAURIN,

Président de la Fédération des Sociétés d’anciens de la Légion étrangère, je

tiens d’abord à vous exprimer ici notre fierté de vous compter parmi nos grands

anciens, je veux dire ensuite à vos proches et amis ici rassemblés, ou présents

par la pensée, combien la vie exemplaire que vous avez consacrée à votre patrie

a inspiré et continue d’inspirer, au quotidien, les jeunes générations qui servent

aujourd’hui dans les troupes aéroportées et à la Légion étrangère.

 

Je souhaite, enfin, témoigner ici à vos proches et amis de l’immense reconnaissance et de

l’indéfectible estime que nous vous portons