J’ai un peu honte de ceux qui ont oublié la fidélité.
Il fut un temps – et ce temps n’est pas si lointain – où la parole d’un Ancien ne se jetait pas en pâture aux vents mauvais des opinions, des avis, des commentaires. Jamais demandés. Jamais mérités…
Un temps où l’on savait écouter avant de juger.
Un temps où le silence, lorsqu’il était teinté de respect, valait plus que mille indignations mal documentées.
Ce temps-là, c’était celui de l’honneur, de la mémoire, de la fidélité.
Aujourd’hui, certains, se croyant autorisés à tout sous prétexte qu’ils disposent d’un clavier, d’une connexion Internet et d’un profil Facebook aussi fade qu’un commentaire en majuscules, ont jugé bon de conspuer publiquement l’un de nos grands Anciens.
Et pas des moindres.
Un Chef.
Un Homme de guerre.
Un Homme de parole.
Un des nôtres.
Il leur aura suffi d’une phrase, extraite d’un discours parfaitement clair, pour se croire justiciers du dimanche, censeurs de salon, experts improvisés en géopolitique et en patriotisme :
« La Russie est à la fois une menace durable, proche et dimensionnante. La France est le premier adversaire en Europe de la Russie, ce n'est pas moi qui l'ai dit, mais Vladimir Poutine… ».
C’est tout. Une phrase.
Prononcée par le général d’armée Thierry Burkhard, ancien Chef d'État-Major des Armées, Ancien de la Légion, Officier respecté, Homme d’État, Homme d’honneur.
Et voilà qu’on le décrie.
Qu’on l’insulte, même.
Qu’on l’accuse de trahison, qu’on le soupçonne de suivre une ligne « politique » contraire aux intérêts des siens.
Mais de quels “siens” parle-t-on, camarades ?
Si je peux encore t’appeler camarade…
Qui ici peut prétendre connaître ne serait-ce qu’un dixième de la charge, de la solitude, de la responsabilité qui fut la sienne ?
Qui peut sérieusement se permettre de lui faire la leçon ?
Qui peut, d’un simple revers de la main, balayer plusieurs décennies passées à servir la France, notre Armée, notre belle Légion ?
J’ai un peu honte de ceux dont l’ignorance touche à la bêtise.
Ce qui se dit aujourd’hui sur les réseaux sociaux n’est plus de l’expression : c’est du bavardage malhonnête. Ce ne sont plus des opinions, ce sont des échos de caniveau.
Des « partages » sans source.
Des « commentaires » sans réflexion.
Des « avis » non sollicités.
Des « accusations » sans fondement.
Des « indignations » vides.
Des « certitudes » construites sur de l’ignorance crasse, d’égos démesurés, de vanités imméritées…
Les réseaux sociaux sont devenus les derniers comptoirs des ragots modernes : on y ressasse, on y accuse, on y juge… Sans avoir jamais connu, trop souvent, ni les combats, ni les ordres, ni la solitude du commandement.
On croit savoir, mais on ignore.
On croit défendre la France, mais on la divise.
On croit parler au nom de la Légion – ou de tous les Anciens légionnaires – mais on ne met en avant que son propre savoir, que l’on veut, que l’on croit, que l’on exige au-dessus de tout. Même des liens fraternels qui nous unissent, ou qui nous ont unis, sous la Grenade à sept flammes.
L’Honneur – ce mot que vous avez oublié.
Le général d’armée Thierry Burkhard n’est pas un militaire quelconque.
C’est un Ancien de la Légion étrangère, au sens plein, au sens vrai, au sens noble.
Un homme qui a commandé, combattu, dirigé, porté l’uniforme avec rigueur, loyauté, fidélité.
Un homme qui a servi sans jamais chercher la lumière. Et qui, lorsqu’il parlait, mesurait le poids de chaque mot.
Un Officier qui, jeune lieutenant au 2e REP, laissait déjà percevoir l’ampleur de ses capacités exceptionnelles…physiques, intellectuelles et surtout humaines.
Tous ceux qu’il a commandés — chez les CRAP, à la 4e compagnie du 2e REP, à la 13e DBLE — n’ont eu qu’un mot : Respect.
On ne touche pas à un Ancien comme à un politicien en campagne.
On ne le jauge pas au prisme des fantasmes complotistes ou de la géopolitique de comptoir.
On se tait, on s’informe, on réfléchit.
Et si l’on doit parler, on le fait avec la rigueur qu’exige la parole donnée, et le respect que l’on doit à l’un des nôtres.
L’honneur, ce mot si simple, vous semble-t-il donc devenu trop grand pour vous ?
La fidélité, cette vertu que vous criiez encore le 30 avril dernier à Aubagne ou ailleurs, s’arrête-t-elle là où commencent vos certitudes de circonstance ?
J’ai un peu honte…
Oui, j’ai un peu honte.
Honte que certains, se disant légionnaires ou proches de la Légion, aient oublié le respect des Anciens.
Honte que vous soyez plus prompts à humilier qu’à soutenir.
Honte que votre indignation tonne, mais que votre silence face aux vrais combats reste assourdissant. Surtout ceux qui concernent nos Anciens...
Mais je n’abandonne pas.
Je crois encore qu’il existe une ligne droite.
Je crois encore que le mot « camarade » a un sens.
Je crois encore que la Légion nous a appris autre chose que la plainte et la réaction impulsive.
Elle nous a appris la droiture, la discipline, la fidélité aux chefs, et le sens du collectif.
Le général d’armée Thierry Burkhard ne méritait ni vos sarcasmes, ni vos soupçons, ni votre oubli.
Il méritait le silence, la considération, ou, à défaut, la dignité.
Alors à vous qui avez oublié : remettez-vous à l’heure.
L’heure de la loyauté.
L’heure de la mémoire.
L’heure du respect.
L’heure de la Légion.
Et surtout, l’heure de vous taire, si vous ne savez plus vraiment ce que veulent dire les mots :
Honneur et Fidélité.
Pour cette toute petite poignée d’intelligences surchauffées, cette minorité si peu représentative de notre grande communauté, qui ont cru devoir ou pouvoir, nous imposer leur avis au nom d’une certaine « liberté d’expression » — comme je l’ai lu sur le fil de notre page Facebook — sachez que vos libertés s’arrêtent là où commencent celles de tous les nôtres. Et la mienne en particulier.
J’ai donc pris la liberté de vous exclure définitivement de notre groupe FSALE.
Sans attendre de légitimité extérieure ou officielle.
Sans autre forme de procès.
Sans possibilité d’appel.
Sans pardon.
Il ne me reste aujourd’hui, qu’un peu de honte.
Oui, j’ai un peu honte…
De vous.
More Majorum
Capitaine (er) Jean-Marie DIEUZE
Ancien officier à titre étranger
P.S. Le Général Thierry Burkhard n’a nul besoin qu’on le défende ; ce serait presque une offense que de prétendre le faire, tant sa droiture parle d’elle-même. Je ne m’arroge donc nullement ce rôle et ce texte défend tout autre chose. Mais que ceux qui, sous les doigts pressés du mépris numérique, se hasardent à la calomnie sachent ceci : Je refuserai le confort du silence contre l’injustice. Et s’il faut être seul à dire ce qui doit l’être, je l’assumerai — face au vacarme des ignorants comme au silence des absents.