FSALE

Chapitre 1 : La légion et l’Ambassadrice

Situation particulière

Djibouti été 1993, 13ème DBLE.

Le régiment était en Somalie après les événements de Mogadiscio (affaire Kouchner déjà citée…)

Comme chaque année, le turnover des cadres tournait à plein régime, les arrivants remplaçaient les partants pour moitié des effectifs du corps. Parmi les premiers arrivants du mois de juillet, un excellent adjudant-chef du 1er REC nous était affecté comme officier du matériel. Sa réputation de très bon gestionnaire l’avait précédé. Il arrivait comme célibataire, le temps qu’un logement lui soit affecté avant de faire venir sa famille.

L’affaire:

Vers la mi-août, je reçus un matin un appel téléphonique du COM Terre : « Dites mon colonel, un homme en civil a gravement insulté, hier soir, l’ambassadrice d’Ethiopie au moment où elle rentrait à l’ambassade. Il a prétendu être un adjudant-chef de légion. Trouvez-le-moi ! » Je lui répondis qu’il était facile de se prétendre sous-officier de légion, et que ceux-ci n’avaient pas l’habitude d’insulter les dames… etc.

Dubitatif, j’appelai néanmoins l’officier de sécurité suppléant et lui racontai l’affaire.

Aussi surpris que moi, il douta de cette histoire mais se mit en chasse…

Le lendemain matin, avec sa mine déconfite, il me donna le nom du fautif : c’était notre adjudant-chef nouvellement arrivé.

Découvrant la vie agréable outre-mer, libre une partie de l’après-midi, il sortait tous les soirs, pour exploiter les multiples facettes de la vie nocturne djiboutienne. Son circuit l’amenait souvent aux alentours de la place des Trois Banques, où il garait sa voiture.

Le soir en question, « ayant bien chargé la mule », il se dirigeait vers sa voiture qu’il avait garée à moitié sur le passage de l’entrée de l’ambassade d’Ethiopie. Pas de chance pour lui : 1°, l’ambassadrice rentrait d’une invitation chez l’ambassadeur de France, où était aussi invitée le général COMFOR et d’autres personnages importants. 2°, il venait reprendre sa voiture juste au moment du retour à l’ambassade de la locataire des lieux.

L’ambassadrice, qui avait quelques jours auparavant présenté ses lettres de créances au Président de la république de Djibouti et dont c’était une des premières réceptions, lui fit remarquer que sa voiture gênait le passage. Confondant la diplomate avec une ressortissante djiboutienne, ne connaissant pas encore l’implantation des différents bâtiments officiels du quartier dit-européen, le noctambule en civil lui fit vertement comprendre qu’il n’en avait rien à faire, qu’il était sous-officier de légion et à ce titre… etc, etc, etc…

Gardant son calme, l’ambassadrice rentra dans son ambassade et le lendemain, fit part de cet incident au général COMFOR, qui fit descendre l’information au COM Terre qui… vous connaissez la suite.

Convoqué, le fautif eut du mal à se souvenir de sa soirée, comme d’ailleurs d’un certain nombre d’autres… mais ne nia pas les faits.

Je montai voir le COM Terre et lui dévoilai toute l’affaire.

La sentence tomba comme un couperet du COMFOR : 60 dont 30 et vol bleu !

Traduisez : 60 jours d’arrêts dont 30 de rigueur et rapatriement disciplinaire en métropole !

Woufff !

Je trouvai la sanction très lourde… d’autant que l’officier de matériel de la 13 disparaissait alors qu’il était indispensable pour l’organisation du matériel du corps dans son nouveau bâtiment qui venait de nous être livré.

Je demandai donc à être reçu par le général. Je lui déclarai que je trouvais la sanction bien trop sévère : il n’y avait eu en fait que des mots échangés, pas d’insultes, encore moins de voies de fait etc… Et que j’étais obligé d’en référer au général commandant la légion étrangère.

C’est probablement cela qui le fit réfléchir car, le lendemain, il revint à des sentiments plus modérés et les 60 dont 30 plus vol bleu se transformèrent en 30 dont 15, sans plus !

OUFFF !

J’en rendis compte au COM Terre qui trouva la sanction trop légère. Cela n’augurait rien de bon pour la suite…

L’affaire, du point de vue militaire, était réglée : l’adjudant-chef signa en bas à droite et se remit au travail… sobrement !

MAIS, il restait l’ambassadrice qui avait vu ses premiers contacts avec la légion quelque peu ternis…

Je lui demandai audience, et le jour-dit, précédé d’un gros bouquet livré par Interflora, je me présentai en petit-blanc avec la coupelle de la 13, pour la prier de bien vouloir excuser le comportement de mon sous-officier, en l’assurant que c’était une exception… bla bla bla, bla bla bla… !

L’entretien fut très cordial ; cette femme intelligente, au français parfait (elle avait vécu et étudié en France), me rassura en ne faisant de cet incident qu’une simple affaire d’alcoolisation excessive. Mais elle m’avoua n’avoir eu qu’une peur : comme l’incident avait eu lieu juste devant le portail de l’ambassade, elle l’avait abrégé pour ne point l’envenimer, le gardien positionné juste à l’intérieur de l’enceinte était armé et n’aurait pas hésité à tirer s’il l’avait sentie en danger.

L’affaire était terminée ; l’honneur de la 13 était sauf, du moins vu du point de vue diplomatique.

Mais je savais qu’il y aurait d’autres soucis à se faire avec le « Chef ».

 

PS : Cette ambassadrice, Madame Sahle-Work Zewde, est, depuis le 25 octobre 2018, la présidente de la république d’Ethiopie!

Simon Terrasson

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