FSALE

 

Egocentriste ?

J’ai acheté un cahier, sorte de grand registre cartonné, que je laisse ouvert sur mon bureau et dans lequel, j’écris au hasard selon mes pensées du moment…

Ce n’est pas un journal, il n’y a aucun ordre chronologique, aucune date, pas de plan, rien de tout cela; ni souci de composition, ni recherches d’écriture. Une suite de pages où s’enchaînent, au gré des plus fortuites associations d’idées, les réflexions d’un septuagénaire dont la curiosité d’esprit reste inlassablement en éveil, le futile se mélant au sérieux, les souvenirs anciens se mélant à ceux d’aujourd’hui.

C’est une expérience, un ultime passe-temps, il m’amuse de laisser courir ma plume avant qu’elle ne me tombe des doigts. Lent et paisible monologue où je ne saurais revoir et penser par moment, avec émotion,  à ceux qui ont compté pour moi et je pense à mes amis et surtout ma famille qui retrouveront le frémissement et les inflexions de ma voix.

Je sais la plume en retard sur la pensée, j’ai ainsi le temps de peser chaque mot que j’écris, somme toute la partie que je joue est gagnée d’avance. Mais je n’ai jamais eu l’envie de faire semblant de vivre, je suis encore trop proche et concerné par la réalité du moment présent.

La sincérité doit transpirer dans le choix des mots, elle n’a rien à voir avec le cynisme des aveux d’autant que ce dernier n’a de pire et de plus perfide ami que la complaisance.

En fait, le besoin d’exhibition que je ressens aujourd’hui ne vient ni du monde extérieur, ni des autres, mais bien de moi-même, c’est de moi que progressivement, je me désintéresse et me détâche. Toutefois, je reste encore extrêmement sensible au spectacle qui ne se tari pas autour de moi et qui fait mon quotidien.

J’écris n’importe comment et n’aspire qu’au naturel. Ce n’est pas à proprement parler, un livre que j’écris. Sans projet et sans plan, je risque de me répéter, j’avance à l’aventure, prêt à rayer tout ce qui me paraîtra trop informe ou saugrenu. Si une idée étrange voire ridicule se présente, elle ne me déplaira pas, je pense que celle-ci est souvent révélatrice et permet une suite intéressante. Lors d’une ballade en Suisse, je me suis retrouvé seul sans aucune distraction. Je m’étais attablé à une table à l’extérieur d’un café, j’ai sorti le carnet de note qui ne me quitte jamais, résolu à écrire n’importe quoi sur n’importe qui. Le résultat, pour moi, me paraissait intéressant et assez réussi. Il est vrai que c’était pour hurler de désespoir, il suffisait que quelques lueurs apparaissaient de dévouement, de dignité pour répondre sans but précis à l’amoncellement décourageant de la sottise, de la goinfrerie, de l’abjection programmée. Heureusement, vertus sans lesquelles notre triste monde ne présenterait qu’un incohérent tissu d’absurdité, rien que cela. Avant tout une affaire personnelle. Même si pour certains ce ne sont que des vomissures verbales…

Un de mes enfants me pose la question: “pourquoi faudrait-il te battre ? et pour qui ?

Un peu désemparé je lui répond: “Nous nous battons pour ceci, pour cela !” “Non, pour cela plutôt !” te crient les uns. “Tu te bats pour rien,” te soufflent les autres…

On se bat toujours pour quelque chose et ce n’est pas ce que beaucoup essayent de te faire croire. Tu penses te battre pour la justice et pour la liberté des hommes, mais ce n’est pas satisfaisant, il manque une vraie explication.

Un de mes grands anciens que je cotoyais à Madagascar et à qui j’avais posé cette même question me disait: “ nos chefs doivent t’expliquer les raisons de tes éventuels sacrifices et de tes souffrances. Tu as le droit de savoir, on a le devoir de te parler. Il faut te donner cette explication à toi qui peut donner sa vie, mais aussi aux cris des blessés ainsi que les plaintes des mutilés qui méritent aussi une réponse digne de leur misère. On doit l’expliquer à la face silencieuse et exigeante des morts

Mais pour savoir, il faut que tu fasses un effort personnel, non seulement avec ton intelligence, mais aussi avec ta volonté. La lumière dont tu as besoin n’est pas une révélation sensationnelle, elle est en toi, dans ta raison et ta conscience. Tu as grandi dans un monde confus d’idées, de principes. Cherche ce qui est évident, absolu et parmi ces vérités, les plus grandes à tes yeux. Remonte par tes seuls moyens les faits et causes jusqu’à ce qui n’est plus discutable et s’impose.”

Je mesurais à leur juste valeur ces propos d’une sagesse réconfortante. Je sentais bien que ce que disait, mon ancien, était la plus noble des opérations que mon esprit devait être capable d’accomplir.

Dans le chaos abtrait qui m’environnais, je m’aventurais à me débarrasser des soi-disantes vérités qui me sont imposées comme une sorte d’héritage. Je me méfiais de ce que l’on appelle les fausses traditions du style: “on a toujours fait comme ça !”… Toutes les basses impulsions de la sauvagerie qui dorment en nous: haine, envie, meurtre, pillage toutes ces choses qui sont tapis dans le bas fond des âmes les plus civilisées. Je voulais être le juge de ce que je lisais et ce que j’entendais. Je souhaitais n’apprécier les événements que d’après leurs conséquences. Je voulais me méfier des avantages immédiats qui cachent souvent des désagréments futurs.

L’image qu’à laissé la France en août 1914 est celle d’une nation marchant dans l’enthousiasme populaire. Pour les étrangers, l’heure était grave et tout homme devait réagir à défendre la France. Ils s’engageaient “pour la durée de la guerre” mais leur engagement ne pouvait avoir lieu qu’au sein de la Légion étrangère. Ce qui poussait la plupart de ces étrangers est le fait qu’ils refusaient que l’empire allemand ne s'approprie le monde, ils opposaient à l’envahisseur et à sa formule épouvantable de se battaient contre ce nationalisme qui imposait son horrible chape totalitaire...

Cependant, constat sans concession, ce nationalisme sévissait partout, il n’était malheureusement pas une exclusivité allemand, hélas !

Voilà pourquoi tu te bats. Pour un splendide butin, pas celui qu’on met dans sa poche ou qu’on ramasse sur des cadavres, pas non plus pour une misérable prime ou un honteux pourboire, ni pour le pillage, ni pour la conquête, ni pour les crimes qu’on innocente pour fait de guerre, mais pour le juste, le beau, le bien et pour le bonheur d’une prospérité solide et d’une juste expression de la liberté.

"Viens donc chercher à la Légion la liberté !", un très beau titre pour une affiche de recrutement qui mérite une explication... A suivre !

CM   

 

 

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