FSALE

 

Gouache de Daniel Lordey

Le convoi était sauvé, le colonel Milan n’était plus en mesure de l’attaquer après les pertes qu’il avait subies. Le colonel Jeanningos averti par des indiens du drame qui venait de se jouer, parvint à Camerone le matin du 1er mai, avec tous ses éléments disponibles.

Il vit soudain surgir d’un fossé un être presque complétement dévêtu, couvert de blessures et de sang, que les légionnaires ne reconnurent pas tout d’abord : c’était le tambour Lai, de la compagnie Danjou, qui avait été laissé pour mort sur le champ de bataille, dépouillé et que la fraîcheur de la nuit avait remis d’aplomb, par miracle. Il raconta ce qui s’était passé, du moins ce qu’il en connaissait, car il était tombé bien avant la fin du combat. Jeanningros et ses soldats pénétrèrent dans l’accienda et dans le corral et y contemplèrent le spectacle horrible de ce champs de bataille entre quatre murs. Des vestiges de toutes sortes étaient épars et, dans le fossé bordant le chemin, les cadavres ensanglantés étaient entassés, à peu près nus, les Mexicains ayant tout emporté : effets d’uniforme, d’équipement, armes, linge, porte-monnaie… On identifia les corps du capitaine Danjou, du sous-lieutenant Vilain, du sergent-major, puis de tous les autres morts. Les légionnaires furent enterrés et, sur le tumulus qui recouvrait les corps, on planta une simple croix de bois qui porta plus tard ces mots : « A la mémoire du 1er bataillon de Légion étrangère.

Les blessés graves décédèrent à l’hôpital de Jalapa où ils avaient été transportés. Les blessés légers et les hommes valides furent échangés le 14 juillet suivant contre le colonel mexicain Alba.

Combien d’hommes avait perdu l’ennemi ? On ne l’a jamais su au juste, les estimations ont varié, il n’y a pas eu de chiffre officiel. La colonne Jeanningros enterra les cadavres mexicains qu’elle trouva sur le terrain, et, là encore, on n’est pas fixé sur leur nombre. On peut avancer que Milan perdit entre 5 et 600 hommes, tant tués que blessés, ce qui était considérable. Quant aux pertes de la Légion, elles étaient les suivantes :

-        Tués au combat : 2 officiers, 22 hommes

-        Morts de leurs blessures : 1 officier, 8 hommes

-        Morts en captivité : 19 hommes

-        Prisonniers (la plupart blessés) : 12 hommes

Ce qui, avec le tambour Lai retrouvé vivant par miracle, donnait bien l’effectif du départ, 3 officiers et 62 légionnaires.

L’affaire ne s’arrête pas là :

Après la bataille et les morts ayant été retrouvés sur place dûment et honorablement enterrés, on ne s’inquiéta pas de savoir ce qu’était devenu le sous-lieutenant Maudet, grièvement blessé d’après les dépositions des derniers témoins. D'ailleurs les troupes de Juarez occupaient la région et il n’y avait pas eu de suspension d’armes. Les choses en restèrent donc là.

Lorsque l’association « Camerone » fut fondée, des recherches furent entreprises par le capitaine de réserve Caistaing, président de l’Association française au Mexique. Il retrouva et identifia – quatre-vingt-seize ans après que le sous-lieutenant Maudet eût succombé à ses blessures – la sépulture du héros grâce au concours de monsieur Daniel Sousa, avocat, lieutenant-colonel de réserve de l’armée mexicaine. Et voici ce qu’il apprit :

« Maudet blessé, fut transporté peu avant 18heures, le 30 avril 1863, à dos de mulet, jusqu’à huatusco, à 64 kilomètres au nord-ouest de Camerone. Il n’y avait, comme encore aujourd’hui, qu’un mauvais chemin datant de l’époque de la conquête, pour accéder à cette petite ville. Il fallait franchir la rivière Jamapa, non guéable, grâce à un bac rudimentaire, traverser ensuite des étendues plates et rocheuses couvertes d’une épaisse végétation, en passant par des ranchos, puis une série de collines boisées. Entre les deux localités, on passait de 320 mètres à 1200 mètres d’altitude. Pas de poste de secours avant. Aujourd’hui encore, il faut accomplir le trajet en deux étapes.

Maudet parvint vraisemblablement à Huatusco le 2 mai au soir. Il y avait un hôpital dans la localité alors habitée par 8 000 mexicains. Après de tenaces recherches, les archives ayant disparu depuis tant d’années, au cours de travaux de fouille effectués à l’intérieur du périmètre d’une ancienne église, des ouvriers découvrirent un cercueil disloqué renfermant des ossements et une coiffure militaire à demi rongée par l’humidité avec un galon d’or. On mit également à jour des restes d’uniforme, un sabre, deux décorations et d’autres vestiges. Il n’y avait pas à en douter, c’étaient là les restes du sous-lieutenant Maudet enterrés dans les sous-sols de l’église. Une plaque de marbre fut apposée : « ici repose le sous-lieutenant Clément Maudet, de la Légion étrangère, mort à Huatesco le 8 mai 1863 des blessures reçues au combat de Camaron le 30 avril 1863. »

Pour la Légion, l’ordre de rapatriement fut lancé le 13 décembre 1866, ainsi prenait fin la campagne du Mexique qui lui avait coûté : 31 officiers tués, 328 sous-officiers et légionnaires et… 1 589 morts de maladie.

le général Catroux déposant une gerbe devant la plaque aux Invalides.

Dans le récit officiel du combat, il est précisé que Napoléon III fit inscrire, en lettres d'or, sur les murs des Invalides les noms de Danjou, Vilain et Maudet, cet ordre ne fut jamais exécuté. Ce fâcheux "oubli" ne fut réparé (en partie), que quatre-vingt-deux ans plus tard au cours d'une cérémonie qui se déroula le 6 août 1949 au premier étage de la cour d'honneur de l'hôtel des Invalides dans la galerie de l'Orient.

Sources: numéro spécial- hors série N°3 de novembre 1967.

CM

L'affaire ne s'arrête pas là: Histoire de la main articulée en bois du  capitaine Danjou, proposée par le major (er) Cristobal Ponce y Navarro:

En cet été de 1865, la légion étrangère avait basculée dans les provinces du nord par le Maréchal Bazaine. Au sud, elle était remplacée par le corps autrichien. Le 17 juillet 1865, le lieutenant Grüber, un autrichien eut une nouvelle occasion de s’illustrer. Il détruisit une bande de juariste, fit 12 prisonniers, et récupéra des fusils et des yatagans (sabre turc incurvé). Mais, surtout, il s’empara du général juariste Ramirès. Il en rendit compte dans un rapport au maréchal Bazaine, avec une 2ème lettre : 
Zacapoaxtla, le 22 juillet 1865, 
Monsieur le Maréchal, 
« Je me fais un vrai plaisir d’annoncer à Votre Excellence ce qui suit : 
Pendant l’expédition du lieutenant Grüber, cet officier apprit que le propriétaire d’un rancho dans les environs de Tesuitlan, monsieur L’Anglais, français d’origine, était possesseur de la main artificielle du capitaine Danjou, mort glorieusement à Camaron. 
Ayant appris que la famille du capitaine Danjou avait fait les démarches pour obtenir ce précieux souvenir, le lieutenant Grüber le demanda à monsieur l’Anglais qui ne voulut le céder que moyennant 50 piastres. 
Ayant reçu le précieux dépôt, que j’aurai l’honneur de vous expédier contre un reçu du lieutenant Grüber, je prie monsieur le Maréchal de me faire savoir s’il convient de rembourser les cinquante piastres à monsieur l’Anglais. 
Recevez monsieur le Maréchal, etc.… » 
Le général, comte de Thun. 
Nous savons donc que ce sont les autrichiens, qui auraient retrouvé la main de bois du capitaine Danjou. Elle avait été cherchée dans l’hacienda et autour de Camaron. Un guérillero, un homme de Milan s’en était emparé, pendant que ses compagnons arrachaient les vêtements des légionnaires de la 3ème compagnie. 
6 jours plus tard, le maréchal Bazaine répondit au général autrichien par la lettre suivante : 
Corps expéditionnaire du Mexique 
Mexico, 28 juillet 1865 
Cabinet du Maréchal Commandant en chef. 
N°344 
« Mon cher Général, 
J’ai l’honneur de vous accuser réception de votre lettre de Zacapoaxtla du 22 juillet, dans laquelle vous m’informez que monsieur le lieutenant Grüber a eu la bonne pensée de racheter la main artificielle du brave capitaine Danjou, mor glorieusement à Camaron. 
Je vous prie de remercier vivement en mon nom monsieur le lieutenant Grüber de ce qu’il a bien voulu faire en cette occasion, et à m’envoyer le précieux souvenir au quartier, dont j’enverrai le prix d’achat par un mandat de cinquante piastres, payable à l’ordre du Commandant Supérieur de Puebla. 
Recevez, mon cher général, l’assurance de ma considération très distinguée. » 
Le Maréchal de France Bazaine. 


L’état-major du maréchal, pressé de rentrer ou de régler la dette, envoya cent piastres. Le général de Thun remboursa le trop perçu 50 piastres. 
Bazaine avait été ému. Il avait été officier dans la légion. 
La main devint la relique de la légion. Elle fut rapportée en 1865 par le colonel Guilhem à Sidi-Bel-Abbès. 
Elle passa à Chalabre, et y resta un certain temps. La famille Danjou, décimée ou sans postérité, l’offrit à la légion pour rejoindre le musée.

 

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