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L’entrée du quartier Viénot à Sidi-Bel-Abbès.

 

La conquête de l’Algérie.

 

En 1840, dans la plaine qui environne le mausolée de Sidi-Bel-Abbès, les premiers clairons et tambours français retentissent. Ce sont des fantassins baptisés par les Bédouins « les grandes capotes » qui passent sans s’arrêter, pour aller occuper Mascara puis Tlemcen. Cependant, ils laissent un petit poste d’occupation à Daya. Entre Oran, port de débarquement des renforts, et Daya, il faut un gîte d’étape et un magasin de vivres.

En 1842, on élève donc quelques baraques en planches entourées d’un talus de terre. Pour l’état-major d’alors, c’est officiellement « la redoute » de Sidi-Bel-Abbès. Mais pour le troupier, ce nom barbare est difficile à prononcer, si bien que le nouveau gîte d’étape prend rapidement le nom de Biscuit ville.

De 1842 à 1845, la redoute, occupée par deux bataillons de Légion et quelques chasseurs d’Afrique, fut plusieurs fois mise en alerte.

Novembre 1843 : naissance de Sidi-Bel-Abbès.

Depuis 1843, Sidi-Bel-Abbès est la maison-mère.

Février 1844 : le sous-lieutenant Charles du Barail passe à Sidi-Bel-Abbès. Il se souvient fort bien de l’endroit : ‘’Le poste se composait d’une redoute en terre à peine ébauchée. Comme unique construction, il y avait une boulangerie dont le propriétaire avait annexé à son industrie un bazar, aussi fructueux pour lui qu’agréable pour la troupe, ravitaillé par un convoi hebdomadaire d’Oran’’.

30 janvier 1845 : le chef de bataillon Vinoy, commandant supérieur de Sidi-Bel-Abbès, dispose d’un Bataillon d’infanterie et de deux escadrons de spahis ; il part, à la tête de ses cavaliers, Pendant son absence, le poste est sauvagement assailli par des hommes de la tribu des Derkaoua qui y pénètrent par surprise, attaquant tous les militaires. Précédé de quelques enfants, un groupe, apparemment de mendiants, se présente devant le factionnaire de garde à l’entrée. L’un de ces mendiants, leur chef très certainement, demande à être reçu par le commandant d’armes. Devant le refus de le laisser entrer qui lui est signifié, l’homme tire une arme de dessous son burnous et abat la sentinelle pendant que ses compagnons se précipitent vers l’intérieur. La surprise ne joue que quelques instants. La réaction des hommes du bataillon de la Légion est immédiate : les 58 indigènes qui ont pénétré dans la redoute sont tués ; les défenseurs ont 6 tués et 26 blessés dont 3 officiers, en raison de la surprise initiale. Cette agression est causée par un marabout fanatique de la tribu des Ouled-Brahim, Si Abd er-Rahman ben Touta, qui se prétend être désigné par le prétendant Abd el-Kader pour se mettre à la tête des Croyants pour chasser les Roumis d’Algérie.

1er janvier 1847 : les 1er & 3e Bataillons du 1er Etranger, aux ordres du colonel Mellinet, sont réunis à Sidi-Bel-Abbès.

19 février 1847, le général Bugeaud arrête les grandes lignes de l’occupation militaire de Sidi-Bel-Abbès : trois bataillons (deux du 1er régiment étranger et un du 44e régiment d’infanterie de ligne), quatre escadrons et une section de canons de montagne. Le maréchal complète cette décision par le choix d’une commission chargée de créer un centre de population civile.

Une ordonnance royale de 1847 faisant suite aux conclusions de Bugeaud et du général Lamoricière, gouverneur de la province d’Oran, décide que le poste militaire de Sidi-Bel-Abbès soit érigé en ville et devienne le chef-lieu de la province. Le capitaine Prudon, chef du génie militaire à Biscuit ville, devient ainsi l’architecte fondateur de Sidi-Bel-Abbès. Il dresse avec ses collaborateurs Signorino (chef du bureau arabe), Camis (inspecteur de la colonisation), Eichacker (chirurgien-major de la Légion étrangère) et Franc-Brégeat (agent du domaine), un projet qui a tout prévu : remparts, casernes, hôpital, rues, places, monuments publics, conduites d’eau, égouts, etc.

10 novembre 1847, le projet Prudon est approuvé, et les constructions débutent aussitôt. Sidi-Bel-Abbès est née. Sidi-Bel-Abbès, à sa fondation, couvre une superficie de quarante-deux hectares formant un rectangle allongé dans le sens est-ouest et englobant la redoute située au nord-ouest. Son système de fortifications comprend des murs de cinq mètres de haut et seize bastions reliés par des courtines. Autour des murs, des fossés sont creusés sur une largeur de quatorze mètres et trois de profondeur. Sur les quarante-deux hectares, cinq sont réservés aux fortifications, seize aux établissements militaires, onze aux places et aux rues, et enfin dix aux installations civiles. Des portes fortifiées sont construites aux quatre points cardinaux. L’avenue reliant les portes de Daya et d’Oran prend le nom du chef du génie, Prudon, et constitue la ligne de démarcation entre les zones militaire à l’ouest et civile à l’est. Le projet prévoit que deux cents lots à bâtir seront suffisants pour assurer le logement de 2 000 habitants. Pour mettre ces lots tout de suite à l’abri, alors que les fortifications ne sont pas encore achevées, on les entoure d’une enceinte de terre de deux mètres cinquante de hauteur avec parapet et fossé. Un pont de bois enjambe la Mékerra à l’endroit où fut construit plus tard un pont de pierre.

5 janvier 1849 : un décret spécifie la création d’une commune sur les lieux de ce qui n’est encore qu’un gros cantonnement militaire. Enserrée dans une enceinte carrée s’ouvrant par les quatre portes d’Oran, Tlemcen, Mascara et Daya (futur Bossuet), Sidi-Bel-Abbès s’édifie peu à peu sous la main des légionnaires qui se sont vu affecter l’endroit comme base arrière.

1854-1855 la Légion Etrangère combat en Crimée. C’est alors le 72e régiment de ligne qui occupe le quartier d’infanterie de Sidi-Bel-Abbès.

Entre 1849 et 1857, les installations essentielles telles que remparts et rues sont réalisées, en même temps que les casernes et l’hôpital militaire

 À peine sortie de terre, Sidi-Bel-Abbès est colonisée par des militaires libérés qui ont foi dans l’œuvre entreprise. C’est ainsi que beaucoup d’anciens légionnaires s’y installent. Ils font venir quelques parents ou amis, et le noyau de la population se forme progressivement malgré un taux élevé de mortalité dû aux conditions climatiques, aux marécages qui n’ont pas tous été encore asséchés, et aux épidémies de choléra. L’administration militaire s’applique à favoriser au mieux les initiatives et à utiliser les compétences des nouveaux. La main-d’œuvre militaire est largement prêtée à tous les cultivateurs en raison de la pénurie d’ouvriers agricoles résultant du départ des Beni Ahmer. En ce qui concerne les ouvriers d’art, il faut le concours de l’armée, et plus particulièrement celui de la Légion étrangère qui compte dans ses rangs bon nombre de légionnaires ayant exercé, avant leur engagement, tous les corps de métiers possibles du bâtiment. Ainsi, de nombreuses familles de Sidi-Bel-Abbès doivent aux légionnaires d’avoir pu participer à l’œuvre colonisatrice et d’y avoir acquis une honnête aisance. Dans le cadre de la gestion et de l’administration de la cité, les commandants d’armes font office de magistrats municipaux. C’est un soldat qui remplit la charge de garde champêtre, et un sous-officier de Légion donne l’instruction aux enfants. Les colonels qui se succèdent à la tête du 1er régiment étranger (Mellinet, Lesueur de Grivy, Bazaine et Rousseau, en remplacement du colonel Viénot parti en Crimée) sont les premiers maires de Sidi-Bel-Abbès.

Au fil des ans, la cité devient la Maison mère de la Légion où arrivent les recrues, séjournent les légionnaires en instance d’affectation, sont démobilisés ceux arrivant en fin de contrat. La Légion marque de son empreinte toute la ville. La       caserne principale, le Grand Quartier, caserne du 1er Régiment Etranger, est construite à quelques centaines de mètres du cœur de la ville. Les trois corps de logis, étroits, hauts et longs sembleraient « bien tristes sans le soleil qui en dore la grisaille ». La vaste cour qu’ils délimitent est plantée d’arbres et coupée en son milieu par « l’allée du Colonel » qui devient, après la construction à son extrémité du monument aux morts, « la Voie sacrée ». Longtemps appelé « quartier d’infanterie », cet ensemble était intégré dans les plans du projet du capitaine Prudon. Deux grands corps de bâtiments étaient prévus de part et d’autre de la place d’armes. Tout autour de la caserne principale, de nombreux autres bâtiments, Petit quartier, mess, etc… hébergent les activités annexes d’un corps qui anime la ville. A la création de la ville, Sidi-Bel-Abbès devient le sanctuaire de la Légion. Cité modèle, dessinée par un légionnaire, cité moderne, créée de toutes pièces par la Légion. Sidi-Bel-Abbès est plus qu’un symbole, presqu’une religion.

En 1851, les deux grands bâtiments, à l’origine à deux étages, sont surélevés.

11 juin 1854 : la Légion Etrangère est désignée pour faire partie de l’Armée d’Orient. Le 1er Etranger demeure à Sidi-Bel-Abbès mais il envoie des bataillons vers la Crimée. Il a le drapeau commun aux deux régiments, portant la devise Unité, Liberté, Egalité, Fraternité, l’inscription République Française, Légion étrangère, et la devise Valeur et Discipline. Ce drapeau a été remis par le général Aimable Pélissier, commandant la division d’Oran, au 1er Bataillon à Oran.

 À Sidi-Bel-Abbès, vous avez fait d’un camp une ville florissante, d’une solitude un canton fertile, image de la France. » Cette citation du général Pélissier commandant la division d’Oran faite aux légionnaires, en 1854, résume à elle seule tout ce que Sidi-Bel-Abbès doit à la Légion étrangère. Ce sont les légionnaires qui ont largement participé à sa construction. Ce sont encore les légionnaires qui ont insufflé aux premiers arrivants l’esprit d’entreprise en s’impliquant eux-mêmes dans la mise en valeur de vastes étendues fertiles, donnant ainsi aux colons les atouts nécessaires au développement économique de la région. La population, qui n’avait que 431 habitants lors de la création de la ville, dépassait les 100 000 âmes en 1961.

Devenue la troisième ville d’Oranie, Sidi-Bel-Abbès était une cité débordante d’activités, à l’urbanisme moderne où rien ne manquait. Durant cent vingt années, la ville a vécu à l’heure légionnaire en devenant la plaque tournante de toute la Légion et en prenant l’appellation de « Maison Mère ». La symbiose entre Sidi-Bel-Abbès et la Légion était si forte que la grenade à sept flammes de la Légion, avait été ajoutée aux armes de la ville.

En 1855, la ville est parvenue à une certaine prospérité. De nombreuses maisons sont édifiées, et des commerces ouvrent leurs portes. L’industrie est représentée par une brasserie, une briqueterie et un certain nombre de moulins à farine.

C’est également à cette époque que d’anciens légionnaires se présentent aux premières élections municipales et que l’on voit, fait probablement unique dans les annales de la vie politique française et de la démocratie, des conseillers municipaux élus « à titre étranger »

1857, à son retour de Kabylie où la Légion Etrangère vient de s’illustrer, elle est chaleureusement accueillie à Sidi-Bel-Abbès. Une grande fête est organisée. Le jardin public est illuminé, et un grand bal est organisé place des Quinconces (future place Carnot).

1er janvier 1862 : il n’y a plus qu’un seul régiment de la Légion Etrangère en Algérie. Le 2e Régiment étranger prend le nom de ‘’Régiment Etranger’’. Celui-ci, regroupé à Sidi-Bel-Abbès, incarne les deux régiments de ‘’la Vieille Garde’’.

En 1865, le bâtiment destiné à l’état-major fermant le côté sud de la place d’armes est construit.

Du 26 mars au 6 avril 1867, de retour du Mexique, la Légion débarque à Oran ; les bataillons sont dirigés sur Mascara, sur Sidi-Bel-Abbès, sur Géryville et sur Saïda. Le nombre des bataillons est ramené de huit à quatre ; sur près de 5 000 légionnaires, 3 000 seulement sont conservés à fin 1967. Les autres ont été libérés à la fin de leur contrat. Enfin, les compagnies d’élite sont supprimées. Les soldats d’élite sont remplacés par les légionnaires de 1ère classe. Le 1er bataillon est installé à Géryville, le 2e à Mascara.

Printemps 1867 : les unités du Régiment étranger, réparties entre les quatre garnisons, assurent en outre la garde de multiples postes établis sur les pistes rejoignant ces différents points. Pendant quatre ans, elles vont vivre une vie assez morne partagée entre les éternels travaux d’aménagement des cantonnements ou d’entretien des pistes. Quelques colonnes exemptes d’attraits ne sont que fatigues et privations. Avec une nouvelle année de famine en Algérie, les denrées sont rares ; les légionnaires détachés dans les postes du sud sont réduits à la ration de biscuits ; la viande est de mauvaise qualité. Aussi, le choléra fait-il son apparition dans le Régiment. Pour enrayer l’épidémie, les compagnies sont dispersées et campent autour de leurs garnisons. Le 1er Bataillon sillonne dans la région de Géryville à la recherche de dissidents, mais sans jamais les apercevoir. Il est employé à la construction d’une route entre les chotts.

La construction de l’Algérie, province française.

18 septembre 1870 : le ministre de la Guerre prescrit l’envoi en France des 1er et 2e bataillons du Régiment étranger. Les sujets allemands n’y figurent pas. Ils sont remplacés par les légionnaires d’autres nationalités. Les préparatifs du départ se font dans l’enthousiasme général. 2 000 légionnaires, en provenance de Sidi-Bel-Abbès, constituent les 1er et 2e bataillons du Régiment Etranger, destinés à combattre en Métropole.

4 octobre 1870 : les premières compagnies arrivent à Oran.

7 octobre 1870 : Léon Gambetta quitte Paris en ballon pour rejoindre Tours. Il lève en masse des hommes pour les armées de Province destinées à libérer Paris.

8 octobre 1870 : c’est l’embarquement des légionnaires vers la France.

 

Jean Balazuc P.P.P.P.

Sources principales.

Sidi-Bel-Abbès, capitale légionnaire de Jean Michon, chef du centre de documentation de la Légion Etrangère, édité en 2010 dans la revue ‘’Guerres mondiales et Conflits contemporains’’ chez les Presses Universitaires de France.

Photos prélevées sur les sites de la Citadelle Montlaur et de la Mekerra.

Autres sources.

Debout la Légion du commandant Charles Hora chez la Pensée moderne – 1971.

Je ne regrette rien du capitaine Pierre Sergent chez Fayard – 1972.

La Guerre d’Algérie du capitaine Pierre Montagnon chez les Editions Pygmalion -1984.

La Légion Etrangère 150e anniversaire – Historia - N° spécial 414 bis – 1993.

La Légion, Grandeur et Servitude – Historama – N° spécial 3 – 1967.

Mémoire et vérité des combattants d’A.F.N. du Cercle pour la défense des A.C. d’A.F.N. – Livre Blanc – 2000.

Histoire de l’Afrique du Nord du général Edmond Jouhaud – Editions des 2 Coqs – 1968.

Site Mémoire des hommes du S.G.A.

La Légion Etrangère – Voyage à l’intérieur d’un corps d’élite de John Robert Young et Erwan Bergot chez les Editions Robert Laffont – 1984.

Le 1er Etranger de Philippe Cart-Tanneur et Tibor Szecsko – Branding Iron Production – 1986.

La légende du 2e R.E.I. de Jean-Pierre Biot chez les Editions Lincoln – 1991.

La 13e D.B.L.E. de Tibor Szecsko chez les Editions du Fer à marquer – 1989.

Histoire de la Légion de 1831 à nos jours du capitaine Pierre Montagnon - Pygmalion – 1999.

Histoire de la Légion Etrangère de Georges Blond – Plon – 1981.

Français par le sang versé – Képi Blanc – E.C.P.A.D. – Editions du Coteau – 2011.

Publication : 8 mars 2018
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