Légion étrangère, mourir pour la France ou les soldats méconnus. PDF Imprimer Envoyer

par Henri Weill, journaliste,
auteur de Légionnaires (Pascal Galodé éditeurs, 2011)


Depuis 2001, huit légionnaires sont « morts pour la France» en Afghanistan et en Côte d’Ivoire. La formule, si elle est encore usitée dans les commémorations, est plutôt vide de sens pour une majorité de Français. Et pourtant…
Depuis 1831, la France confie des armes à des étrangers pour la défendre.
Devoir absolu, devoir exorbitant, dérogatoire au droit commun. La Légion (7500 hommes) n’a aucun mal à recruter, tant ils sont nombreux à vouloir porter le képi blanc.
Huit candidats pour un poste. Cet homme reste un mystère, car rompre avec son passé n’est pas naturel. Pourtant la Légion (146 nationalités représentées) n’est pas un refuge pour déclassés, pour garçons en cavale, en proie à des difficultés avec la justice comme la représentation le laisse, encore, à penser.
Il y a des erreurs de casting bien sûr (qui jurerait n’en avoir jamais rencontrées dans son univers professionnel), mais ce sont le plus souvent des jeunes gens à la recherche d’un avenir, ayant subi des échecs scolaires, professionnels, familiaux
(voire un chagrin d’amour), qui s’y présentent.
Des hommes si motivés par un nouveau départ que certains économisent souvent des années pour financer leur voyage depuis les contrées improbables où ils résident, d’autres utilisant des moyens de fortune pour arriver en France, parfois sans visa. Sans garantie d’être recrutés.
Le sens commun induirait qu’un étranger s’engage dans l’armée de son pays.
Soupçonnons-nous le choc culturel que représente ce choix ?
Imaginons-nous, avec pour seul bagage notre anglais scolaire, tenter d’intégrer l’armée chinoise, l’armée américaine, l’armée turque ?
Parmi ces hommes tués au combat, la majorité ne parlait pas un mot de français lorsqu’ils ont été recrutés. Par l’effort, la volonté, ils ont été intégrés.
La Légion, outil de cohésion offre souvent une deuxième chance mais au prix de quelles exigences et de quels risques.
Ils en ont pourtant accepté les règles.
Ayant accompagné, il y a quelques mois, des hommes du REP en Afghanistan, j’ai maintes fois abordé avec eux la question de la mort.
Quelques-uns m’ont expliqué ne pas avoir prévenu leur famille de leur séjour afghan, que pourtant ils espéraient. « Pour ne pas les inquiéter ! ».
Un autre m’a fait cette réponse qui correspond à la pensée générale militaire plus dépassionnée que dans le civil : « Si nous pouvons tuer, en retour nous pouvons être tués ! Ayant choisi le métier, je l’ai intégré.».
Un autre légionnaire-parachutiste « Bien sûr que l’on pense à la mort…au début… ».
Ces légionnaires, à 80 % des étrangers, connaissent tous ce prix : leur engagement peut emporter leur vie d’homme, souvent très jeune.
C’est effectivement un destin de soldat ! 36 000 légionnaires sont morts depuis 170 ans.



Editeur : Pascal Galodé Editions.



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