Histoire. 1833 & 1834. La Légion s’installe et livre ses premiers combats contre les tribus ralliées à l’émir Abd el-Kader.

 

Mais les débuts de la Légion sont très laborieux : tout d’abord les candidats, si certains ont beaucoup d’expérience, d'autres sont novices dans le métier des armes. Car si la Légion a permis de faire diminuer le nombre d’exilés politiques et de révolutionnaires potentiels sur le territoire, elle attire aussi beaucoup d’individus nationaux ou étrangers désocialisés, miséreux et parfois dangereux. Il faut le dire, la Légion a accepté un certain nombre de personnes fuyant la justice pour des motifs graves. La Légion devient un havre, un exécutoire pour l’État. Certaines personnes y partent néanmoins de façon motivée et volontaire, l’époque aidant et l’Afrique encore méconnue, on peut voir des aventuriers ou des personnes en mal de voyage s’enrôler. De même que des amis de la France, qui sont nombreux, espèrent se battre pour la nation. Que ce soit pour y trouver du pain, une volonté d’oubli ou de rachat, chaque individu a sa raison de s'engager et elle est du ressort de chacun.

Néanmoins, cela crée une troupe assez hétéroclite, où le soldat de métier côtoie l’anarchiste. L’inactivité en attendant les affectations et le nationalisme de certains entraîne de nombreuses bagarres entre communautés, ce qui désolidarise le groupe et fait apparaître le deuxième problème de la Légion : le manque de cadres.

Officiers et sous-officiers manquent à la Légion, ceux de l’armée impériale sont vieux et insuffisants, les officiers déserteurs d’autres armées ne sont pas familiarisés avec le français, viennent d’armées différentes ou d’autres armes comme la cavalerie. On estime qu’ils seront quand même 107 officiers à servir de 1831 à 1836.

Ensuite c’est le manque de cadres français qui se fait sentir, cette unité n’attire que très peu d'officiers. Ceux qui y sont contraints, y commandent sans panache et volonté comme le suggère cette phrase du général inspecteur du 6e bataillon de Bône en Algérie en 1833 : « Aujourd’hui les officiers étant envoyés par punition à la Légion étrangère, ils servent avec dégoût, sont humiliés de s’y retrouver et cherchent tous les moyens possibles de rentrer en France »

Quant aux sous-officiers, qui sont la colonne vertébrale de toutes armées, ils sont en sous-effectif chronique ; on promeut donc des individus sur le simple critère parfois qu’ils parlent les deux langues, on promeut ainsi de nombreux étudiants en langue, en aucun cas habitués au commandement.

Une autre complication est le manque de moyens. Cette troupe peu aimée ne reçoit pas tous les fonds nécessaires à un bon fonctionnement, la nourriture et le couchage y sont médiocres. De plus, les fraudes existent et quelques cadres peuvent abuser de leur pouvoir dans la distribution des soldes. Ainsi, dans certains cas, les légionnaires à l’hôpital ou en prison ne sont pas payés.

Le seul moyen de faire coexister tout cet ensemble est par l’application d’une discipline de fer. Les cadres sont d’une extrême rigueur, les punitions sont nombreuses et très dures, mais malgré cela, l’insubordination et les désertions sont courantes., mais la reprise en mains sous les ordres du colonel Combes commence à donner des résultats en Algérie. De plus, les premiers combats galvanisent les légionnaires.

Janvier 1833 : malgré l’insécurité et les escarmouches existantes, la Légion étrangère est d’abord employée à des travaux de terrassement. Le légionnaire gagne alors sa réputation de soldat bâtisseur. La Légion va ainsi construire la route de la Casbah dans la région d’Alger, celle de Fort-l’Empereur, ou celle de la ceinture d’Alger. Elle participe également à la construction de forts, comme celui de Fort-de-l ’Eau.

Janvier 1833 : depuis l’occupation de la ville d’Oran par les troupes françaises, en janvier 1931, ces derniers ne peuvent quitter la ville pour s’approvisionner car les troupes de l’Emir Abd el-Kader dirigés par son chef d’Etat-major Fendi Abdellah Ould Sidi Slimane Bousmaha, maintiennent un siège solide autour des Français.

Le 16 mars 1833, le cadi d’Arzew veut venger la mort de son beau-frère Madani et se porte contre les hommes de Bousmaha. Sa tentative échoue, et il est repoussé et bloqué dans la ville d’Arzew.

Mars 1833 : dans la province d’Oran, les légionnaires combattent à Ouled Yacoub et Ouled Attia, les combats y sont très violents et subissent la résistance d’un jeune et courageux émir : Abd el-Kader qui a avec lui les tribus du Sig.

9 avril 1833 : le colonel Michel Combes est muté à Montpellier ; le colonel Joseph Bernelle est nommé à la tête de la Légion Etrangère. Il va jouer un rôle important dans l’organisation et le commandement des colonnes.

13 avril 1833 : le cheikh Ahmed Ben Tahar est attaqué par les habitants d’Arzew qui profitent du départ des troupes françaises stationnées sur Mers-el-Kébir où elles sont parties renouveler leur provision d’eau et de vivres. La ville est prise d’assaut et le cheikh est fait prisonnier.

16 mai 1833 :  le colonel Joseph Bernelle est cité, lors d’une opération en Mitidja contre les Hadjoutes.

Mai-juin 1833 : une colonne aux ordres du général Camille Trézel se rend dans la région de Boufarik et procède à la récolte des fourrages de la Mitidja. Une milice indigène à pied est ensuite chargée de garder pendant l’été les ‘’postes et blockhaus malsains pour les Européens’’ moyennant une indemnité d’un franc par homme et par jour.

Juin 1833 : prise d’Arzew à l’Ouest.

Epaulés par les Italiens du 5e Bataillon, les Espagnols du 4e Bataillon sont à l’ouvrage. Ils enlèvent Arzew. Puis le général Louis Alexis Desmichels décident d’installer les troupes à La Marsa, le port d’Arzew, un excellent relâche pour les navires destinés au ravitaillement d’Oran.

29 juillet 1833 : prises de Mostaganem et de Mazagran à l’Ouest.

Les troupes françaises sont commandées par le général Louis Alexis Desmichels qui décide d’occuper ces deux villes ayant appris le départ de l’émir vers Tlemcen. Les deux bataillons de la Légion participent à cette deuxième prise de ces villes, avec le 66e Régiment de ligne et le 1er B.I.L.A. La Légion participe ensuite à la défense de Mostaganem.

Août 1833 : les 1er et 5e bataillons de la Légion Etrangère sont cités en exemple pour l’entrain et la vigueur dont ils font preuve dans la construction du blockhaus du gué de l’Harrach, la chaussée de Sidi Amsa, et la construction des camps de Kouba et de l’Oufferia

15 septembre 1833 : le colonel Joseph Bernelle conduit ses légionnaires au feu, faisant preuve de calme, de sang-froid et de bravoure. C’est lors d’une reconnaissance sur Guiroa que ses légionnaires sont attaqués très vivement au moment où ils ses disposent à retourner dans leur camp en passant par le défilé de Boufarik. Le colonel souligne, dans son rapport, le courage du capitaine Horain, chef du 7e bataillon, des capitaines Eberlé et Mongin, du capitaine Soliman du 1er Régiment de Chasseurs et de Mr Vergé, interprète. Un ordre de l’armée porte à la connaissance des troupes cette conduite exemplaire.

Septembre 1833 : le colonel Joseph Bernelle organise la défense de Coléah.

Septembre 1833 : l'expédition de Bougie, organisée à Toulon, est partie le 22 septembre 1833 du port sous les ordres du général Camille Alphonse Trézel et du capitaine de frégate de Perseval, commandant de la flottille. Elle arrive le 29 septembre 1833, à la pointe du jour sur la rade de Bougie. Le défaut du vent et la nécessité de sonder les fonds pour avancer donnent le temps aux habitants de la ville qui occupent les forts et aux Kabyles des environs, de se préparer à la résistance. Les cinq forts tirent presque en même temps sur la flottille mais le feu des bâtiments français éteint presque entièrement celui des forts. À dix heures, les troupes sont débarquées sur le rivage : à leur approche, un feu de mousqueterie atteint les premières chaloupes et plusieurs militaires sont grièvement blessés. La troupe se dirige sur le fort Sidi Abdelkader (marabout) construit durant l'occupation espagnole sur des structures médiévales (Hammadites), le général Trézel suivant immédiatement les premières chaloupes, pour diriger les colonnes. En touchant terre, il trouve les troupes déjà lancées par leurs officiers vers une hauteur. Le capitaine Lamoricière est déjà engagé, dans les sinuosités qui conduisent à la Casbah et au fort Moussa. Le général Trézel monte vers ce dernier fort qui domine toute la ville et dont la possession est extrêmement urgente, avec les premières troupes qui débarquent après lui. Au moment où il y parvient, les capitaines Lamoricière et Saint Germain s'en sont déjà emparés. Le soir, on compte une vingtaine de tués et environ 50 blessés. Le 30.09.1833, à la pointe du jour, le général Trézel visite les postes de la partie gauche, inquiétés par les Kabyles embusqués dans quelques groupes de maisons, il les fait renforcer par une pièce d'artillerie du fort Moussa. Cette pièce, escortée par une compagnie d'infanterie, est arrêtée un moment par le feu des Kabyles mais le capitaine Gibert, avec une partie de sa compagnie, met ses ennemis en fuite. Des chaloupes sont employées à balayer la côte ouest, par laquelle arrivent continuellement des combattants kabyles qui ont établi un camp près d'une tour en pierre à une demi-lieue de la ville. Le 01.10.1833, dans la matinée, les Kabyles attaquent les parties faibles des positions françaises. Le général Trézel rend sur le champ et ordonne de faire sortir du fort Moussa une colonne qui prend l'ennemi à revers. Une deuxième colonne se poste vers la tête du grand ravin qui coupe la ville en deux. Le capitaine Lamoricière parvient à s'emparer, avec ses deux compagnies, d'un marabout situé à la tête du ravin malgré le feu de l'artillerie de la Casbah, du fort Moussa et d'une batterie de deux obusiers de montagne. Les pertes kabyles sont d'environ 200 morts et au moins autant de blessés. La marine française a combattu avec les troupes terrestres qui ont perdu six hommes ; 43 soldats ont été blessés durant ce combat. Le général Trézel a été atteint assez légèrement d'une balle à la jambe.

6 octobre 1833 : parmi les militaires cités à l’occasion d’un combat contre des guerriers d’Abd el-Kader, dans la région d’Oran, le fusilier Llauret du 4e bataillon de la Légion Etrangère.

Octobre 1833 : le chef de bataillon Duvivier, commandant la place de Bougie, précise dans un compte-rendu adressé au ministre qui envisage d’alléger ses effectifs : ‘’…l’attachement que me portent ces Musulmans qui combattent à côté de moi est un grand levier contre les populations musulmanes qui me font la guerre sacrée’’. Il s’agit des premiers volontaires venant servir la France en Kabylie. Un bataillon de la Légion Etrangère, le 3e (Suisses et Allemands) est affecté à la place de Bougie.

1833 : les mois passent pour les légionnaires dans les combats et la souffrance.

Début 1834 : commandant la division d’Oran, le général Louis Alexis Desmichels entre en pourparlers avec l’émir Abd el-Kader par l’intermédiaire du juif oranais Mardochée Amar.

Abd el-Kader répond que sa religion lui défend de demander la paix aux chrétiens, mais qu’elle ne lui interdit pas de l’accorder ; c’est, comme on voit, prendre de prime abord la meilleure position. Il élude une entrevue ; mais il envoie sous les murs d’Oran Miloud-ben-Harach et Khalifa-ben-Mahmoud, deux personnages importants, afin que le général leur fasse connaître sur quelles bases il voulait traiter. Les deux officiers se présentent à la porte d’Oran mais refusent d’y entrer. Les conférences se tiennent sous la tente entre eux et Mardochée Amar.

Cette démarche enchanta le général Desmichels, car si d’un côté il a fait les premières ouvertures, de l’autre on peut dire qu’Abd el-Kader est allé au-devant de ses propositions. Tout est bien jusque-là ; mais lorsqu’il fut question de poser les bases du traité, d’en discuter les articles, la diplomatie arabe, tortueuse et ambiguë, triompha de la franchise et du laisser-aller du général français, véritable amateur dans ce domaine.

1er janvier 1834 : l’emplacement des bataillons de la Légion est le suivant : 1er & 2e à Alger, 3e & 7e à Bougie, 4e & 5e à Oran, 6e à Bône.

29 janvier 1834 : les compagnies polonaises du capitaine Horain, commandant le 7e bataillon, arrivent à Bougie pour un bref séjour. Les légionnaires du 7e bataillon vont s’illustrer dans la défense de la place de Bougie.

26 février 1834 : signature d’un traité de paix avec Abd el-Kader.

Février 1834 : les tentatives du commandant de la place de Bougie pour établir des relations amicales échouent à cause de plusieurs tribus hostiles aux Français. Lors de l’une de leurs embuscades, les rebelles tuent un soldat sans armes qui puisait de l’eau. Le colonel Franciade Duvivier déclenche des représailles. Tous ceux qui ont pris part à l’assassinat du soldat sont tués. Puis le colonel lance une poursuite pour nettoyer la vallée des ennemis. Un combat s’engage, une charge de la cavalerie, soutenue par l’infanterie, donne la victoire. Parmi les troupes de cavalerie, le colonel Franciade Duvivier souligne la valeur des compagnies polonaises ; il souligne également le respect par ses soldats du marabout, des femmes et des enfants. Enfin, il propose de nommer le capitaine Horain, chef de bataillon.

Février 1834 : le 4e Bataillon de la Légion Etrangère est licencié : les Espagnols sont autorisés voire incités à rentrer dans leur pays, en proie à la guerre civile.

Juin 1834 : le bataillon polonais, le 7e bataillon du chef de bataillon Horain, quitte Bougie pour rejoindre Oran où la menace de guerriers d’Abd el-Kader est présente : il devient le nouveau 4e bataillon. A Bougie, les légionnaires polonais ont montré leur courage au combat.

Fin 1834 : mais la dernière difficulté est la création d’un esprit de cohésion de discipline et de fierté, éléments indispensables à la genèse d’une unité d’élite. Les troupes sont extrêmement hétérogènes, des étudiants en médecine exilés en France pour raison politique, se retrouvent avec d’anciens grognards. Les nationalismes à fleur de peau vont faire éclater de sanglantes rixes. Le colonel Joseph Bernelle décide de régler ce problème.

Fin 1834 : le colonel Joseph Bernelle réalise le brassage des nationalités et des groupes linguistiques au sein des bataillons. Peu à peu, ce brassage est appliqué jusqu’aux échelons élémentaires. Il est devenu un des principes de base de l’organisation de la Légion étrangère.

Tous les individus et toutes les personnalités vivant ensemble, coupés du monde extérieur, donneront ce caractère si unique à la Légion chacun apportant ses qualités et ses défauts. C’est ce qui va obliger les légionnaires à fonder un foyer et une famille commune.

 

Jean Balazuc P.P.P.P.

 

Sources :

Algérie, œuvre française de Pierre Goinard - Robert Laffont - 1984.

L’Algérie de J.H. Lemonnier – Librairie centrale des Publications Populaires – 1881.

Le destin tragique de l’Algérie Française de François Beauval – Editions de Crémille – 1971.

Histoire de la France en Algérie de Pierre Laffont – Plon – 1980.

Les Pionniers – Paris Match N°2757 – 2002.

La Légion Grandeur et Servitude – Historama – 1967.

Le livre blanc de l’armée française en Algérie – Contretemps – 2001.

Mémoire et vérité des combattants d’A.F.N. Cercle de Défense des A.C. d’A.F.N. – 2000.

Pieds Noirs d’Hier et d’Aujourd’hui de Jean-Marc Lopez.

France Horizon de l’ANFANOMA.

La Cohorte de la S.E.M.L.H.

Histoire de l’Afrique du Nord du général Edmond Jouhaud – Edition des2 Coqs d’Or- 1968.

Le drame de l’Algérie Française – Historama – 1990.

Les grands soldats de l’Algérie du général Paul Azan – Cahiers du Centenaire – 1930.

La Légion Etrangère Voyage à l’intérieur d’un corps d’élite – John Robert Young et Erwan Bergot – Robert Laffont – 1984.

Le 1er Etranger de Philippe Cart-Tanneur et Tibor Szecsko – Branding Iron Production – 1986

Histoire de la Légion de 1831 à nos jours du capitaine Pierre Montagnon – Pygmalion – 1999.

Wikipédia.

 

émir Abd el-Kader el-Hadj ben Mahi ed-Din, né le 6 septembre 1808 près de Mascara ; chef arabe, fils d’un cheikh de zaouïa établi dans le Rif avant de s’installer dans la région de Mascara, qui se réclame d’une lignée chérifienne remontant à Abd el-Kader el Djilani, fondateur de la confrérie Qadriya ; son père, Mahi ed-Din lui fait donner une solide formation religieuse ; dès avril 1832, il prêche la Guerre Sainte contre les Chrétiens ; émir révolté de mai 1832 à décembre 1847, notamment en Oranie ; après sept années préliminaires, pendant lesquelles il s’intitule ‘’prince des croyants, sultan des Côtes d’Alger, d’Oran et de Tlemcen jusqu’à la frontière de Tunis’’, il mène pendant huit ans la guerre sainte, une guerre de mouvement en multiples épisodes ; il est l’homme du Coran autant qu’homme de guerre ; jouant à la fois de la force et de l’astuce, il inflige aux Français au moins autant de défaites qu’il en subit lui-même ; il se rend au général Lamoricière le 22.12.1847 ; il quitte Alger avec sa mère, ses trois femmes, ses deux fils et deux beaux-frères, soit une suite de 97 personnes composée de 61 hommes, 21 femmes et 15 enfants des deux sexes ; il séjourne au Château de Pau du 26 avril au 3 novembre 1848 ; il est transféré au Château d’Amboise ; libéré par Napoléon III le 16.10.1852 ; avant son départ, il tient à participer au plébiscite sur l’Empire en novembre 1852 ; il se retire d’abord à Smyrne, puis il ira à Damas où il se comporte en ami de la France ; lors des massacres de 1860 il sauve plus de 12 000 Chrétiens ; Grand-Croix de la Légion d’Honneur le 05.08.1860 ; il fait un voyage en France en 1865 ; pendant la guerre de 1870-1871, apprenant que des Indigènes algériens se servent de son nom pour tenter des soulèvements en Algérie, il leur écrit pour les engager à se soumettre  ; décédé le 26.05.1883 à Damas, en Syrie. Il a eu 16 enfants, 11 garçons et 5 filles. Le 05.07.1966, ses restes sont transportés en Algérie au cimetière d’el-Alia à Alger.

 

Ben Tahar Ahmed, cadi d’Arzew ; un des musulmans les plus érudits de la province d’Oran, et plus au courant des affaires d’Europe, il avait été chargé par le père d’Abd el-Kader de compléter la connaissance du Coran du futur Emir et de lui donner, dans son jeune âge, des notions d’astronomie, de calcul et de géographie. Cheikh, dévoué aux Français et qui se conduisait bien, il entretenait de plus des relations cordiales avec le commandant français du brick stationnaire dans le port. A son tour, il fut attaqué, le 13 avril, par les habitants qui avaient profité du départ du stationnaire français sur Mers el-Kébir, où il était allé renouveler sa provision d’eau et de vivres. La ville fut prise d’assaut par les moudjahidine. Prisonnier le cadi fut dirigé sur Mascara, pieds et poings liés. En le fouillant, un garde avait trouvé sur lui une lettre dans laquelle le Général d’Oran lui disait : ‘’Tu me demandes d’entourer Arzew de remparts. Sois tranquille. Au premier signal de danger, je viendrai à ton secours et t’entourerais des remparts de chair de mon armée’’. Bien que Abd el-Kader eût gardé une certaine reconnaissance à son ancien maître et qu’il eût voulu lui sauver la vie moyennant une contrepartie de 100 fusils et 3 000 boudjous (monnaie de l’empire ottoman), son père, ayant estimé un exemple nécessaire, fit mettre le cadi en jugement. Condamné à mort pour haute trahison. Exécuté sur la place de Mascara en public

 

Bernelle Joseph Jean Nicolas, né à Versailles le 05.10.1785 ; il entre au Prytanée militaire de Saint-Cyr en 1801 ; sous-lieutenant en 1803 ; de 1806 à 1809, il participe aux campagnes d’Italie ; il fait les campagnes de Saxe puis de France avec Napoléon 1er ; capitaine de la Garde impériale, chef de bataillon en demi-solde en 1915 ; en 1818, il entre dans la Légion Etrangère ; réintégré en 1820 ; réformé en 1824, il reprend du service en 1826 en Afrique ; en août 1832, il est détaché au commandement de la Légion Etrangère ; détaché au 1er B.I.L.A. le 05.02.1833 ; colonel le 09.04.1833, il est nommé à la tête de la Légion Etrangère : chef rigoureux, féru d’une discipline stricte. Il s’illustre contre les Hadjoutes dans la Mitidja puis dans la défense de Koléa en septembre 1833 ; commandeur de la Légion d’Honneur le 15.08.1835, nommé maréchal de camp, il commande la Légion Etrangère en Espagne en 1835-1836 ; pour estomper les rivalités nationales constatées notamment à La Macta, il décide un brassage total au sein des unités lors de l’escale du quarantaine médicale des Baléares ; il est alors replacé dans l’armée française comme colonel le 03.11.1836 ; le 04.12.1836, il commande les troupes stationnées à Bône ; il conduit une colonne de renfort sur Constantine ; désigné au commandement supérieur de Constantine en octobre 1837, il retrouve son titre de maréchal de camp le 11.11.1837 ; il commande ensuite une brigade de la division d’Alger ; général commandant la division d’Oran en 1839. Suite à une mésentente avec le Maréchal Sylvain Valée sur la politique militaire à tenir, trop ferme dans l’application du traité de la Tafna vis-à-vis de l’Emir Abd el-Kader, il est relevé de son commandement. Il rentre alors en France pour commander le département de l’Hérault puis celui du Loiret en 1846 ; le 06.10.1847, il est affecté à la section de réserve puis il est mis en position de retraite le 30.05.1848, après 44 ans de services ; décédé le 07.01.1871 à Paris.

 

Bousmaha Fendi Abdellah Ould Sidi Slimane, né en 1808 à Ben Freha, à 20 km au sud-est d’Oran ; chef d’état-major de l’émir Abd el-Kader dès 1831. En 1833, il est responsable du siège d’Oran. En 1843, il monte de nombreuses embuscades dans la région d’El-Macta en Oranie, qui occasionnent des lourdes pertes à l’Armée Française. Après la soumission de l’émir Abd el-Kader fin 1847, il continue la lutte ; fin 1849, il est grièvement blessé au combat et fait prisonnier ; n’ayant pas suivi les conditions de la soumission, il est considéré comme un bandit de grand chemin ; envoyé au bagne de Toulon, il est condamné à mort et guillotiné.

 

Combes Michel, né à Feurs dans la Loire le 19.10.1797 ; D’abord soldat dans le corps de Davout, il sert au 17e régiment d'infanterie il est nommé caporal, puis fourrier et passe sergent-major, le 06.04.1805. Il débute dans l'art militaire à Austerlitz, et assiste à la plupart des batailles de l'Empire. Il est présent à Ulm, à la bataille d'Iéna où il se distingue pour la première fois le 14.10.1806, en arrivant le premier sur une batterie de six pièces de canons puis lorsqu’il reçoit sa première blessure, au pied lors de la bataille de Pułtusk (1806), au cou à Eckmühl, à Friedland, à Bautzen, et au mont Saint-Jean. Il est promu au grade d’adjudant le 01.04.1807 et reçoit la croix de la Légion d’honneur le 1er octobre. Le 21.04.1809, il est blessé à nouveau lors de l’attaque du château d’Eckmühl. Il est nommé sous-lieutenant le 07.06.1809 puis promu au grade de lieutenant le 18.05.1811 et adjudant major le 6 décembre. Le 10.06.1812, il entre avec son grade au 1er régiment de grenadiers-à-pied de la Garde impériale. Il fait la Campagne de Russie (1812) avec ce corps d’élite où il a le pied gauche gelé à Osmiana. Le 19.03.1813, il est nommé capitaine, adjudant major au 135e régiment d’infanterie de ligne. En 1814, il rentre de nouveau dans la Garde, suit l’Empereur à l’île d’Elbe comme capitaine au bataillon Napoléon et termine adjudant major du carré de la Vieille Garde au milieu duquel se réfugie Napoléon à Waterloo.

Le 13.04.1815, il est chef de bataillon au 1er régiment de grenadiers à pied de la Garde impériale avec rang de lieutenant-colonel dans la Ligne. Promu officier de l’ordre impérial de la Légion d’honneur le 11 juin, la promotion est annulée par l’ordonnance royale du 1eraoût. Il est licencié le 10 novembre et interné à Montbrison. Ainsi se termine la première partie de sa carrière. Sous la Restauration, déjà vieux grognard poursuivi par les rancunes de ses ennemis politiques, il part pour l’exil. Il s’installe au Texas avec le général Lallemand pour y fonder le Champ d’asile, colonie de proscrits bonapartistes. Là, il épouse le 17.07.1823, Elisa Walker, la fille d'un aide de camp de George Washington. Les événements des journées de juillet 1830, le ramènent en France et il est placé le 24 décembre, au 24e régiment d’infanterie de ligne avec le grade de lieutenant-colonel. Il reçoit de nouveau la croix d’officier de la Légion d’honneur le 26.03.1831. En 1831, lorsque la Romagne s'insurge contre le Saint-Siège, le pape implore l'appui de l'Autriche, et, à sa demande, six mille Autrichiens sont introduits à Bologne, le 28.01.1832. Pour arrêter les suites de cette « invasion », le cabinet français décide d'occuper Ancône. Un vaisseau, le Suffren, et deux frégates, l'Artémise et la Victoire, sont armées à Toulon, le 07.02.1832, sous les ordres du capitaine de vaisseau Gallois, et avec deux bataillons du 66e régiment d'infanterie de ligne, forts de 1 100 hommes, et commandés par le colonel Combes. La division navale parait le 22 février en vue d'Ancône. La nuit venue, les dispositions sont faites pour le débarquement. Une partie des troupes descend à terre à trois heures du matin, et marche sur la ville dont les portes sont fermées3.

Les Français se précipitent dans la ville, partagés en deux colonnes, l'une dirigée par le colonel Combes, l'autre par un chef de bataillon. Les différents postes occupés par les soldats pontificaux sont désarmés, et à la pointe du jour, toute la ville est au pouvoir des Français. Le 01.05.1832, il est placé à la tête de la Légion étrangère. Par suite d’une mésentente avec le général Dalton, commandant la division d'Alger, le 09.04.1833, il laisse la Légion au colonel Bernelle ; il est muté au 47e régiment d'infanterie de ligne, à Montpellier, Plus tard le colonel Combes est envoyé en Algérie, où il commande le 47e régiment d'infanterie de ligne. Il prend part à presque toutes les affaires jusqu'à la prise de Constantine et fut fait commandeur de la Légion d'honneur le 17.01.1836. Le 13.10.1837, à 7 heures du matin, l'assaut de la place de Constantine est ordonné. Dès que la première colonne, sous les ordres du colonel de Lamoricière, a dépassé la brèche, le colonel Combes s'élance pour la soutenir à la tête de la deuxième colonne. Il arrive sur la muraille, au moment même où une explosion terrible éclate et ravage les rangs des assaillants. Il prend aussitôt le commandement que le colonel de La Moricière, blessé et privé de la vue dans l'explosion, cesse d'exercer. Mortellement atteint coup sur coup en plein dans la poitrine, il refuse de quitter le combat pour aller se faire penser, et continue encore à commander ses soldats. Le colonel Combes eut encore la force de retourner presque seul au bivouac de son régiment, et quelques minutes après, il était couché sur son lit funèbre pour ne plus se relever

 

Desmichels Louis Alexis, né à Digne le 15.03.1779 ; simple soldat de la Révolution française devenu général sous la Monarchie de Juillet ; Soldat au 13e régiment de hussards en l'an II (1793-1794), il passe en l'an IV (1795-1796) dans la compagnie des guides à cheval de l'armée d'Italie, puis fait la campagne d'Égypte en 1799 et y devient brigadier. De retour en France avec Napoléon Bonaparte, il est nommé maréchal des logis, se distingue lors de la bataille de Marengo et entre comme sous-lieutenant dans les chasseurs à cheval de la garde des consuls. A la bataille d'Ulm, devenu lieutenant, il surprend devant Nuremberg l'arrière-garde autrichienne, et, à la tête de 30 chasseurs, fait mettre bas les armes à 300 fantassins. Après ce premier succès, il fond avec son peloton sur un gros bataillon, et prend à l'ennemi 400 hommes et deux drapeaux. Au bruit de la fusillade, des dragons de la Tour vinrent charger les vainqueurs ; mais ils sont bientôt mis en déroute et abandonnent 25 pièces de canon, une caisse militaire et 150 prisonniers. Après cette action, le lieutenant Desmichels est nommé capitaine, officier de la Légion d'honneur, et quelque temps après, colonel du 31e de chasseurs à cheval. Il se distingue également en 1813 au cours de la campagne en Italie, puis au cours de la campagne de France en 1814. Pendant les Cent-Jours, il commande en Belgique comme colonel du 4e régiment de chasseurs à cheval. Licencié le 25 novembre 1815, il est remis en activité en 1821 et promu colonel du régiment de chasseurs des Ardennes (3e chasseurs). Maréchal de camp le 30.07.1823, il commande la 2e subdivision de la 7e division militaire (Drôme). Après la Révolution de Juillet 1830Louis-Philippe lui confie le département du Finistère, et en 1832, une brigade de cavalerie aux environs de Wissembourg. Envoyé en Algérie, il est nommé général, commandant la division d’Oran en 1832-1833 ; il défend brillamment cette ville contre les Ghrabas ; il prend Arzew le 05.06.1833 puis Mostaganem le 27.07.1833 ; il est nommé lieutenant-général (général de division) le 31.12.1833. Il signe un traité avec l’émir le 26.02.1834. Ce traité, conclu dans des formes peu claires (le texte en français ne correspondant pas au texte en arabe, beaucoup plus avantageux pour l'émir), le général Desmichels subit un certain discrédit. Il est révoqué en février 1835. En 1838, il est appelé au commandement de la 17e division militaire (Corse). Il fait ensuite partie du comité de cavalerie. Mort à Paris en 1845.

 

Drouault, capitaine du 2e Bataillon ; avec ses légionnaires, il réalise l’édification d’une route au milieu de nombreux marais, en deux mois, entre Douera et Boufarik ; cette célèbre route reçoit le nom de ‘’Chaussée de la Légion’’.

 

Duvivier Franciade Fleurus, né le 07.07.1794 à Rouen ; Il entra second à l'École polytechnique (Promotion X1812 dont il était sergent-major) en 1812; il fit ses premières armes en 1814 lors de la défense de Paris contre les alliés qui cernaient la ville, il commandait une section de huit pièces. Sorti de l'École quatorzième de sa promotion, il passa à l'École d'application de l'artillerie et du génie de Metz. Au sortir de cette École il devint successivement lieutenant, capitaine, chef du génie en Corse, aux Îles d'Hyères, à Saint-Pierre (Martinique). En 1830, il suivit l'expédition d'Alger comme capitaine du génie et fut nommé commandant de l'un des deux bataillons de Zouaves, où on incorpora les 5 000 volontaires parisiens qui arrivaient des barricades. Le commandant Duvivier fut chargé de les discipliner. Ce fut plus tard le 67e de ligne. Avec eux, en 1831, Duvivier couvrit la retraite des troupes françaises du général Pierre Bertholène lors de l'expédition de Médéah. Commandant supérieur de la zone de Bougie en 1833-1834 ; il crée une milice avec les premiers volontaires venant servir la France en Kabylie ; lieutenant-colonel en 1834, il commande les Spahis à Bône ; à le fin de 1836, il participe à l’expédition de Constantine ; en 1837, il est envoyé à Guelma fonder une ville au milieu de populations exaltées par l’échec des Français devant Constantine ; il réussit sa mission ; nommé colonel, il assiste à la prise de Constantine ; il occupe, en 1838 et 1839, le camp de Blidah qu'il fait fortifier, et obtient le grade de général de brigade ; il est un des généraux brillants de l’Armée Française en Algérie. Il commande le Centre de Médéa ; il commande une colonne lors de l’expédition de Miliana en mai 1840 ; pendant la Guerre sainte proclamée par Abd el-Kader, il repousse constamment, avec une poignée de braves, les attaques incessantes des Arabes. En 1840, il enlève, à la tête de sa brigade, la position la plus difficile de Mouzaïa, le passage du Téniah. Chargé d'occuper Médéah, il engage 900 Français contre 5 000 Arabes, commandés par l'Émir et tue 500 de ces derniers. En 1841, il demande et obtient son retour en France ; il se livre à l'étude dans la retraite. Un des meilleurs arabisants. Il fait paraître plusieurs savants ouvrages. Le 25.02.1848, le gouvernement provisoire le charge de l'organisation de 24 bataillons de garde nationale mobile. Il résigne ces fonctions pour être représentant du peuple à l'Assemblée nationale pour le département de la Seine. Aux côtés du général Louis Cavaignac, il défend vaillamment, en juin 1848, l'hôtel de ville de Paris contre les insurgés, mais il reçoit une balle dans le pied. Mal soignée, la blessure s'infecte rapidement et le général meurt le 08.07.1848

 

Horain, commandant du 7e bataillon en 1832-1833 dans la région d’Alger puis de Bougie, officier polonais de la Légion plein de courage et de force ; capitaine, il fait fonction de chef de bataillon pendant 18 mois ; il est nommé chef de bataillon, après les combats du début 1834 ; chef du nouveau 4e Bataillon de la Légion dans la région d’Oran, qui s’illustre dans les combats de Moulay-Ismaïl le 27.06.1834 et dans les marais de la Macta le 28 juin. Il trouve la mort en mai 1839 lors de l’expédition sur Djidjelli.